F’taghn, la preuve de l’existence des Grands Anciens!

Pour ceux qui ne connaissent pas, courrez vers l'Unspeakable Vault of Doom!

Il est des charniers qui soulèvent les interrogations, et mènent aux hypothèses les plus invraisemblable. Tuons le suspense au plus vite, c’est d’un de ceux-là que je vais aborder. Il ne s’agit pas d’un horrible amas d’ossements découverts dans une tranchée africaine le long d’une frontière ethnique, dans un champ bosniaque ou sous la neige d’une forêt ukrainienne, fossile d’une énième atrocité camouflée dans un conflit quelconque. Ni même d’un étrange cimetière indien qui plonge une famille tranquille du Midwest américain au coeur d’une série de phénomènes étranges, inexplicables et inquiétants.

Ce charnier se trouve cependant bien aux États-Unis, dans l’état du Nevada, dans le Berlin-Ichtyosaur State Park. Dans ce parc, on peut trouver un étrange amas d’os, appartenant à neuf grands (autour de 14 mètres) Ichtyosaures datant du triasique, l’équivalent de nos grands cachalots. Depuis les années 50s, les experts se posent plusieurs questions : le site est en effet particulier, les vertèbres des cadavres étant placés dans plusieurs alignements réguliers, presque trop beaux pour être dus au hasard. Comment tous ces mastodontes ont ils bien pu mourir ? Qu’est-ce qui a bien pu causer cette disposition étonnante ?

L’explication la plus simple, c’est qu’un banc d’ichtyosaures se soient retrouvé bloqué en eaux peu profondes, échoué. Des chercheurs se sont penchés sur la question (notamment J.A. Holger, mais les tubes de l’Internet me semblent ne pas retrouver son article original), et il semblerait que cette hypothèse soit battue en brèche.

On peut aussi penser à des animaux piégés dans une zone remplie d’algues relâchant des phytotoxines, poisons pouvant être extrêmement dangereux (demandez aux sangliers sur les plages bretonnes). Le problème de cette théorie, pourtant pas véritablement impossible, réside dans le fait que les os des différents individus soient entremêlés, ce qui dans cette hypothèse voudrait dire que les animaux sont tous morts exactement au même endroit, ce qui est difficile à croire (mais pas, bien entendu, impossible).

Une autre théorie plus surprenante a été exposée aux chanceux qui ont pu assister au congrès annuel de la Geological Society of America. Elle se base sur l’observation d’animaux modernes, en l’occurrence les pieuvres, animaux remarquablement intelligents (pour vous en convaincre, heureux parisiens ou touristes dans la capitale, passez voir le poulpe du Palais de la Découverte). Ainsi, les reptiles marins auraient pu être attaqués par un céphalopode géant, estimé à plus de 30 mètres, qui pourrait rappeler le mythique kraken. Ou le célèbre Cthulhu.

Deux arguments viennent appuyer cette théorie. Tout d’abord, une inspection des vertèbres des bestiaux montre qu’ils ne sont pas morts tous au même moment, ce qui va dans le sens d’un monstrueux prédateur qui ramènerait ses proies dans son antre. De plus, ces vertèbres ont été réarrangées, ce qui se voit par la taille des ossements placés les uns à coté des autres. Plus troublant encore, ce réarrangement évoque les ventouses des tentacules des pieuvres et poulpes, en double rangées :

On aurait ainsi affaire à l’équivalent des préhistoriques peintures rupestres, version poulpe. Reste à savoir  si une pieuvre si puissante soit elle peut venir à bout d’un gibier aussi impressionnant. Un début de preuve a pu être fourni à l’aquarium de Seattle, où les soigneurs se demandaient ce qui tuait méthodiquement les requins d’un de leurs grands aquariums :

“Je m’en souviendrai toute ma vie, certain!”

Bon, d’accord, il est possible qu’un bon nombre de soirées trop alcoolisées m’aient fait dire à tord “bien sur, je me souviendrai de tout” plus de fois qu’à mon tour. Cela étant dit, être capable de porter un jugement objectif sur sa propre mémoire, et pire encore, de dire si un moment que l’on est en train de vivre y restera gravé, ça n’a rien d’évident. Pour un exemple plus marquant, repensez aux plus ou moins intenses séances de révision, et surtout, aux moments de stress lorsque vous vous êtes trouvés incapables de répondre sur un sujet que vous pensiez pourtant connaître. En bref, regardons ce que l’expérience peut nous dire sur notre jugement et notre mémoire.

C’est dans la revue Psychological Science et grâce à des chercheurs de plusieurs université (dont UCLA ou la Colorado State University) que l’on peut lire le compte-rendu d’expériences ayant trait à une auto-évaluation des performances d’apprentissage. Trois expériences sont ainsi proposées, et les deux premières sont fort proches. Il s’agit en effet de montrer une série de mots à retenir, écrits en grand ou en plus petit, et de demander au sujet de prédire sa performance, la façon dont il va se souvenir des mots. Chaque mot sera montré une fois ou deux (dans l’expérience 1) et une fois ou quatre (expérience 2). Les chercheurs veulent mesurer l’impact des deux variables (nombre de fois où l’on a montré le mot, et taille de la police). Et comme ils s’y attendaient, les effets ne sont pas les mêmes sur la prédiction de la performance, et sur la performance elle-même. Ainsi, beaucoup de sujets pensent qu’une police plus grande les aidera mieux à se souvenir d’un mot (puisqu’on a moins d’efforts à faire pour le déchiffrer), et cela n’est pas vrai dans les faits. En revanche, il semblerait que nous sous-estimions l’impact du nombre d’apprentissages sur la mémoire. En clair, même si ça ne vous semble servir à rien, n’hésitez pas à relire votre cours une fois de plus.

Dans une troisième expérience, ce sont les croyances que l’on va juger. Pour cela, on présente le protocole de l’expérience précédente, et on demande aux sujets d’estimer l’influence d’un paramètre. Ainsi, on leur dira “Si je suis capable de retenir 40 % des mots en police petite, quel pourcentage de mots écrits en grand retiendrais-je ?”. Là encore, la taille de la police est associée dans l’esprit des gens à un apprentissage plus facile (à tort, donc). Mais ils furent bien plus sensibles au nombre d’apprentissages.

Pour expliquer cela, les psychologues invoquent deux effets. Tout d’abord, nous sommes enclins à penser que si quelque chose est simple à assimiler, alors nous nous en souviendrons longtemps (d’où les erreurs sur l’importance de la taille de la police). En l’occurrence, on se souviendra plus facilement de quelque chose dont on a compris le sens que d’une règle d’apparence simple mais mal comprise. Ceci semble militer pour un apprentissage “intelligent” des cours (dans le sens où il faut chercher à se les approprier, à les comprendre plus qu’à les apprendre). Ensuite, il y a un effet que l’on pourrait appeler “biais de stabilité” : nous avons tendance à estimer que notre mémoire sera dans le futur comme elle l’est au moment présent, en passant outre les différentes sélections qui s’opèrent avec le temps (il nous paraissait impossible à l’époque d’oublier Larusso, et pourtant…). Il faut s’en souvenir, et étudier un peu plus que ce qu’il nous paraît nécessaire.

À propos d’horloge interne.

Le rythme biologique joue un rôle important dans l’adaptation des êtres vivants à leur environnement, notamment pour celles exposées aux contraintes de la vie au grand air. Ainsi, l’alternance jour/nuit par exemple fait que les suites de périodes de sommeil et de veille s’organisent naturellement, et une bonne partie des organismes suit un rythme basé sur une période de 24 heures. Jusqu’à présent, ce rythme était présumé être d’origine génétique (comme on peut le lire par ailleurs sur la page Wikipedia), mais un couple d’articles parus dans le journal Nature vient remettre en cause ce paradigme, et donner un peu plus d’informations sur l’horloge interne.

Le premier article, écrit par des chercheurs de l’Université de Cambridge, s’intéresse aux globules rouges humains. Les scientifiques ont en effet extrait et purifié des globules rouges de donneurs (sains et volontaires), et les ont plongé dans le noir à la température du corps humain. Ils ont alors fait des relevés à intervalles réguliers, en se focalisant sur une protéine antioxydante, la Peroxiredoxin, produite en grande quantité par les globules rouges. Les chercheurs ont alors pu observer que la production de cette protéine suivait un rythme de 24 heures. Cela ne serait pas si étonnant si les globules rouges, contrairement à la grande majorité des autres cellules, ne possède pas d’ADN. L’horloge interne serait donc codée dans la structure de la cellule d’une façon différente.

Mieux connaître les mécanismes dirigeant l’horloge médicale peut présenter un intérêt sur le plan médical, puisque l’on sait qu’une horloge contrariée (pour des raisons professionnelles par exemple, dans le cas d’employés faisant des postes ou des pilotes de ligne) peut être associée au diabète ou à des problèmes mentaux.

Le second article, lui, nous vient en partie du Laboratoire d’Océanographie Microbienne de Banyuls. Ils ont suivi la même procédure que dans le cas des globules rouges, mais cette fois avec une algue du joli nom de Ostreococcus tauri. On sait que pour cette algue, l’activité génétique varie en fonction de l’heure de la journée (par exemple, le gène CCA1 est exprimé le matin, TOC1 le soir). Mais en plongeant l’algue dans l’obscurité, on peut arrêter son activité génétique. Ce qui n’empêche pas, comme dans le cas des globules rouges, que la production de Peroxiredoxine garde une période de 24 heures. Cela confirme l’étude précédente : en plus d’éventuels régulateurs génétique, l’horloge biologie est remontée par d’autres mécanismes, et il est fort possible qu’ils soient partagés par un très grand nombre d’organisme si l’on en croit les similitudes entre algues et globules rouges humains, pourtant séparés par l’évolution il y a très longtemps.

Rajeunir son apparence sans passer sur le billard.

C’est un poncif de notre société : avec le culte de l’apparence, on peut penser que le jeunisme ambiant pousse à des mesures de plus en plus radicales pour entrer dans les canons de l’époque. Cela va d’une simple teinture pour cacher des cheveux grisonnants à des modifications extrêmes, avec des conséquences parfois désastreuses (comparez les cheveux de Nina Hagen et de Françoise de Panafieu). Pourtant, il existe une solution bien plus simple : choisissez avec qui vous sortez.

Des chercheurs allemands se sont en effet penchés sur notre perception de l’âge des gens qui nous entourent, et livrent leurs conclusions dans Vision Research. L’expérience qu’ils ont conçue est la suivante : ils ont demandé à 24 participants (comme souvent, des étudiants, donc âgés entre 18 et 25 ans) d’estimer l’âge d’une personne à partir d’une photo de son visage. Les photos sont créées en utilisant une technique de morphing, c’est à dire que les chercheurs sont partis de paires d’un visage jeune (20 ans) et vieux (70 ans) pour obtenir en les mélangeant des visages intermédiaires (l’âge étant fixé par les proportions du mélange). Et les résultats montrent que nous sommes dans l’ensemble plutôt bons pour estimer l’age de quelqu’un (enfin, dans ce cas, d’estimer si il a 20, 30, 40, 50, 60 ou  70 ans).

Maintenant, que se passe-t-il quand on doit identifier l’âge de quelqu’un au sein d’un groupe. Pour tester cela, les chercheurs ont mis au point une phase d’adaptation : avant d’avoir à juger l’age de quelqu’un, ils ont d’abord eu à observer différents visages, soit jeunes, soit vieux. On se rend alors compte qu’un individu ayant été exposé visuellement aux outrages du temps estimera globalement quelqu’un plus jeune, mais qu’au contraire, si il a vu préalablement de nombreux visages jeunes, il le pensera plus âgé. Pour être perçu comme plus jeune que l’on est, il faudra donc s’entourer de gens plus âgés (n’en déplaise à Hugh Hefner ou feu Eddy Barclay).

On peut même affiner ce résultat, en refaisant l’expérience avec une période d’adaptation différente : on montrera une série de visages de femmes jeunes et de vieux messieurs, ou l’inverse. On peut alors se rendre compte que le même effet se produit, en se basant sur l’âge des gens du même sexe : une femme entourée de vieux messieurs n’aura pas l’air plus jeune (on pourra de prime abord lui allouer d’autres épithètes, surement car nous sommes de pauvres âmes désabusées), et nos vieux playboys sont finalement sauvés.

Le chômage et ses conséquences psychologiques.

La perte d’un emploi est une expérience qui peut s’avérer particulièrement difficile. En effet, perdre son emploi peut signifier perdre sa source de revenus, et donc compromettre une certaine vision de l’avenir, mais selon ce qu’on trouvait à son travail, cela peut aussi signifier une perte de statut social et d’estime de soi. Bref, un futur incertain et un présent peu joyeux, voilà de quoi préparer une bonne dépression. Mais passé le coup dur, quelles sont les conséquences à long terme d’une période de chômage?

On peut trouver une partie de la réponse grâce à une vaste étude, appelée GSEPS, qui permet d’avoir accès aux conditions socio-économiques ainsi qu’à la satisfaction personnelle de nombreux allemands. Si les études précédentes semblent montrer, dès les années 30 et jusqu’à récemment (en s’appuyant donc d’abord sur l’étude d’une petite ville autrichienne, puis sur les données du GSEPS), que le chômage laisse une “cicatrice émotionnelle”, une nouvelle étude parue dans le Journal of Neuroscience, Psychology and Economics vient remettre cette vision en question. Pour cela, elle se base sur l’hétérogénéité des réactions face au chômage.

Ils ont donc divisé les 774 allemands touchés par le chômage mentionnés dans l’étude en quatre groupes. Tout d’abord, la majorité des sondés (69%) avaient un niveau de satisfaction personnelle avant leur licenciement haut et stable. Ceux-là se montrent les plus affectés au moment de la perte de leur emploi, mais un an après retrouvent un  niveau de satisfaction comparable. Vient ensuite ceux (15% environ) dont le niveau de satisfaction était en train d’augmenter avant l’épreuve fatidique : leur satisfaction revient également au niveau précédant le licenciement.Les gens qui avaient à la base peu de satisfaction (13%) n’ont quasiment pas été touché, et enfin ceux dont la satisfaction déclinait (4%) ont continué à la voir baisser, jusqu’à un rebond trois ans après la perte de l’emploi. Ces derniers étaient également les moins susceptibles de retrouver un boulot.

De plus, on se rend compte que le climat économique a une forte influence sur le sentiment de satisfaction des citoyens, et plus particulièrement lorsque des plans de licenciement massifs sont géographiquement proches. D’après les auteurs, cela suggérerait que les travailleurs sont en fait plus stressés par le fait de potentiellement perdre leur job que lorsqu’ils le perdent réellement. La peur de la perte aurait finalement plus d’effet que la perte en elle-même, ce qui n’est pas vraiment rassurant en des périodes économiques troubles.

Le travail dans la joie et la bonne humeur.

Si de nombreuses entreprises interdisent les accès à Youtube ou à Facebook, c’est parce que ces sites peuvent distraire le bon employé de sa prestigieuse tâche. Car pendant que le travailleur s’esbaudit devant la vidéo d’un chaton qui se blottit dans un carton, ou qu’il apprend qu’un ancien ami de la 5eC qu’il n’a pas vu depuis dix ans a décidé de manger des brochettes, il ne travaille pas : la productivité est en danger. Vraiment?

Bien évidemment, un employé qui ne fait rien d’autre que procrastiner grâce au web ne sera pas productif, mais cela ne signifie pas que toute forme de distraction au travail soit à proscrire. En effet, il semble que l’effet d’une vidéo ou d’une chanson puisse être bénéfique du point de vue de l’employeur. C’est ce que semble indiquer une étude canadienne parue dans Psychological Science en tout cas.

Les chercheurs ont en effet cherché à mettre en évidence l’influence de l’humeur sur la capacité à innover et à apprendre. Pour cela, il fallait d’abord trouver un moyen de changer l’humeur des sujets. Pour cela, un ensemble d’une vidéo et d’une chanson a été choisi pour chaque état, avec par exemple du Mozart ou un bébé qui rit pour rendre les cobayes plus heureux, ou un titre extrait de la liste de Schindler et un extrait de reportage sur une catastrophe naturelle pour les déprimer (ils ne devaient pas avoir les droits pour un bon vieux Sochaux-Nancy des familles).

Ensuite, il fallait trouver une tâche à leur faire faire. Pour cela, on leur a demandé de trier des images fabriquées par ordinateur (un ensemble de lignes construit à partir d’un filtre de Gabor) en deux catégories, “A” et “B”. Cela sans connaître la règle : c’est au sujet de la découvrir, à l’aide de symboles lui disant si chaque tri est correct ou non. Ainsi, on peut tester la capacité des sujets à innover et à inventer des règles plausibles de classement. Au final, leurs résultats montrent que les sujets “heureux” se débrouillent mieux que les autres.

Résoudre des problèmes originaux peut donc être facilité par l’humeur dans laquelle on se trouve : un extrait de Vidéo-Gag pourrait donc presque servir d’échauffement avant d’attaquer une demie-journée productive, après éventuellement une bonne sieste.

L’argent fait-il le bonheur?

Au détour d’un article sur le lien entre religion et sentiment de satisfaction, un blogueur évoquait le lien entre bonheur et revenus. En s’appuyant sur un article de PNAS, il expliquait sur son très bon blog Sciences Étonnantes que si l’argent contribuait à augmenter le bonheur mémoriel (celui qui correspond à la question “avez-vous eu une vie heureuse?”), passé un certain seuil (environ 75000 $/an), il n’influait plus sur le bonheur instantané (celui qui correspond à la question “êtes vous heureux?”). Tout cela est très bien expliqué dans l’article “l’argent ne fait pas le bonheur, mais lequel?“. On remarquera que les poncifs, eux, semblent faire le bonheur des rédacteurs en quête d’un titre.

Toutefois, si cette relation entre bonheur et revenu semble vraie si l’on prend un instantané d’une société donnée, comme les États-Unis des années 2000 dans l’exemple précédent, il faut aussi évoquer le paradoxe d’Easterlin. Ce paradoxe, énoncé par Easterlin pour la première fois en 1974, peut se résumer ainsi : on constate que lorsque le niveau de richesse d’un pays (principalement son P.I.B.) augmente, le niveau de bien-être ressenti par les individus n’augmente pas forcément.

Jusqu’ici, les études qui montraient ce paradoxe étaient limitées aux pays industrialisés. Mais vient de paraître dans PNAS une étude plus globale, portant notamment sur les pays d’Asie qui connaissent ou ont connu une forte croissance, et sur les pays de l’Est qui ont opéré la transition communisme/capitalisme, et sur une période de plus de vingt-cinq ans. On retrouve alors une confirmation du paradoxe, particulièrement visible sur certains pays : bien que le revenu par habitant ait plus que doublé en vingt ans en Chine ou au Chili, la satisfaction moyenne des habitants a légèrement baissé (baisse qui n’est pas statistiquement significative). Il en va de même pour les Sud-Coréens.

Une explication de ce paradoxe peut être avancée : ce qui compte, ce n’est pas au final la quantité absolue d’argent que l’on amasse, mais le statut social et la place dans la société que cet argent confère qui est important (ce qui serait cohérent avec l’augmentation de la satisfaction avec le niveau d’études). On peut également en tirer une conséquence politique : si l’on veut viser le bien-être du plus grand nombre, il vaut peut-être mieux ne pas se focaliser uniquement sur la croissance économique comme une fin en soi, mais comme un moyen pour améliorer l’éducation et la santé générale des habitants, qui semblent plus importants en ce qui concerne le bonheur.

Heureux comme Dieu en France.

Appartenir à une religion rend heureux. Au delà du cliché du croyant béat, cette affirmation a été explorée par plusieurs études (ici ou) qui ont trouvé un fond de vérité au lien entre croyance religieuse et autosatisfaction. La question en suspens, c’est l’”ingrédient secret”, la facette (ou les facettes) de la pratique religieuse qui augmente la sensation de satisfaction. On pourrait penser par exemple que la spiritualité joue un grand rôle, dans un sentiment d’harmonie avec soi-même et avec le monde réconfortant. Ou encore imaginer que la présence d’un Dieu protecteur est rassurante. Ou que le bon goût de l’hostie illumine la fin de semaine.

Pour dénicher l’élément en question, on peut se pencher sur les données d’une grande étude nommée Faith Matters, et qui détaille le comportement de 5879 personnes principalement issues des trois grandes branches chrétiennes. C’est ce qu’on fait deux chercheurs de l’université d’Harvard, qui livrent leur pensée sur les liens entre religion et satisfaction dans la revue American Sociological Review. Leur approche consiste à appréhender la pratique religieuse comme la source d’un réseau social, duquel va découler un certain réconfort.

Ainsi, on se rend compte que si 33% des gens qui vont à l’église toutes les semaines et qui ont entre trois et cinq amis proches qui partagent la même foi se disent extrêmement satisfaits de leur vie, ce pourcentage chute à 19% quand les dévots n’ont de lien avec aucun autre adepte de leur culte (ce qui les met au même niveau que ceux qui ne vont jamais à l’église). En revanche, ceux qui ont des amis dans la même communauté religieuse mais ne se rendent au culte que quelque fois par an sont 23% à afficher ce niveau de satisfaction.

Le point déterminant semble donc être le lien qui rattache les membres de la congrégation : les chercheurs expliquent en effet que c’est par ce biais que la religion peut accomplir un de ces buts, c’est à dire bâtir une communauté sur un socle moral commun (ce que les chrétiens nomment Église, les musulmans Oumma). La réalité de cette communauté n’est tangible pour un croyant que s’il noue des liens avec d’autres croyants, ce qui le conforte alors dans un sentiment d’appartenance. C’est ce sentiment d’appartenance qui donnerait satisfaction, et que l’on pourrait rapprocher d’autres communautés, par exemple sportives : à partir d’un moment, le sport ne devient plus qu’une excuse pour voir des amis.

L’infirmier et la routière.

Il y a des métiers qui sont fortement connotés. On imagine mal les femmes dans un certain nombres de métiers manuels exigeants physiquement, ou alors avec un certain nombre de préjugés (on ne voit généralement pas Miss France, ou Miss Nationale, en tourneuse-fraiseuse). De la même façon, on parle encore bien plus de sage-femme que de maïeuticien, et il semble naturel de dire “j’ai rendez-vous chez l’esthéticienne” (plus ou moins naturel, je vous l’accorde, suivant que l’on soit maïeuticien ou tourneur-fraiseur). L’accès à ces métiers est compliqué pour le genre moins fréquent en raison de préjugés, mais qu’en est il une fois que l’on est en poste?

Pour le savoir, on peut se pencher sur l’article écrit par Victoria Brescoll et ses collègues dans Psychological Science.  Pour conduire leur expérience, il leur fallait d’abord trouver des métiers fortement associés à un sexe, mais doté du même type de responsabilité. Pas évident, tant la vision traditionnelle de la femme ne la tourne pas vers des métiers très prestigieux (sauf pilote d’avion, dans le cas de Barbie, ou exploratrice, dans les cas de Lara Croft et Dora). Finalement, les deux postes seront chef de la police, et président d’une université pour femmes.

On a donc donné à chacun des 202 participants un texte à lire, décrivant un scénario tournant autour d’une manifestation dans l’université féminine. Le texte présentait l’un des deux protagonistes, chef de la police ou président, en lui donnant un sexe précis, et sa réaction face à la manifestation : il ou elle avait prévu un nombre d’agents de sécurité suffisant (aucune erreur), ou non (une erreur). Chaque participant notera alors le protagoniste en question suivant quatre critères (statut, pouvoir, indépendance et respect qu’il mérite) qui seront combinés en une note de statut social et donnera une note entre 1 et 11 pour sa compétence et son savoir.

La bonne nouvelle, c’est que quand on ne commet pas d’erreur, le genre ne semble pas avoir d’importance dans la perception qu’ont les autres de votre travail. En revanche, si l’on se trompe, l’étude montre que l’on sera jugé plus durement si l’on n’appartient pas au sexe habituellement associé au travail que l’on fait. Finalement, les préjugés vous attendent toujours au tournant.

Le rat, le fromage et le Robogator

Image Choi & Kim

Manger ou être mangé, finalement, cet axiome ne résume pas si bien que cela la vie sauvage. L’important, c’est plutôt de manger sans être mangé, à part peut-être pour notre ami le ténia. Pour ne pas être dévorés par leurs prédateurs, la plupart des animaux se trouvent ou se construisent un abri, mais hélas, faute de livraison à domicile efficace, il faut sortir pour se nourrir. Au risque de servir soi-même d’amuse-gueule. Alors, comment nos amis à poils (on se focalisera surtout sur les mammifères) font ils pour s’en sortir?

À première vue, je ne sais pas si ce qui m’aurait motivé personnellement, c’est le but de la recherche, ou de monter l’expérience présentée dans PNAS par des chercheurs coréens de la Korea University et de l’Université de Washington. Cette dernière consiste à placer un rongeur dans un abri, puis à disposer de la nourriture à l’extérieur de celui-ci. Mais attention, un RoboGator de chez Légo veille. Le rat sort donc de son abri, pour y retourner lorsqu’il aperçoit le terrifiant robot. Celui-ci est programmé pour avoir un rayon d’action précis (neuf pouces, un jour pendra par les pieds ceux qui ne veulent pas adopter le système métrique), que le rat va finir par apprendre. Finalement, le rat ira chercher la nourriture placée hors de portée du prédateur, ne se risquant pas à s’approcher des autres sources, plus proches du RoboGator.

En plus de jouer à faire peur à des rats avec des robots, cette expérience peut aussi servir à montrer le rôle de l’amygdale. Celle-ci est connue, en plus de servir dans la reconnaissance des émotions, pour abriter le circuit de la peur et le réguler, par exemple chez l’humain. Dans cette étude, on peut voir comment elle influence le choix entre la sécurité et la nourriture. Ainsi, lorsque l’on stimule l’amygdale des rats, ceux-ci restent paralysés par la peur, et ne vont même plus chercher la nourriture accessible sans risque. En revanche, induire des lésions dans cette partie du cerveau fait des rats sans peur, qui ne prennent quasiment pas conscience du monstre de plastique qui rôde.

Cette étude permet d’en savoir un peu plus sur le rôle de l’amygdale, en confirmant certaines études différentes. On se rend ainsi compte du rôle que prend la peur (l’amygdale régulant également les peurs irrationnelles, difficiles à examiner dans le cas du rat) dans des processus de décisions qui pourraient ne se réduire qu’à de la logique pur (“ai-je le temps de passer avant de me faire manger?”).

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