Bourré de testostérone.

La testostérone est une hormone souvent associée à la masculinité, ce qui est loin d’être une idée reçue, puisqu’elle contribue, entre autre, au développement des organes sexuels des dits hommes. Et généralement, quand on parle d’un individu bourré de testostérone, on pense à la pilosité et à la subtilité comportementale de notre joyeux cousin le bonobo. Avec le côté brutal en plus. Bref, quand on me dit testostérone, j’ai tendance personnellement à voir cet homme que nous avons tous croisé dans un bar en fin de soirée, l’œil suintant, attiré par le moindre décolleté, et prêt à se battre pour un rien.

Et je crois bien m’être fourvoyé: ne s’arrêtant pas au idées reçues, le Pr. Ernst Fehr de Zurich, avec des collaborateurs bein entendu, s’est penché sur le rôle que pouvait avoir la testostérone sur le comportement social de certains individus, et vient de publier les résultats.

L’expérience est assez simple: chaque cobaye du test participe au jeu de l’ultimatum, en tant que donneur ou receveur. Les règles du jeu sont simples: on distribue au donneur 10 billets (ici d’un franc suisse, probablement issu du compte numéroté d’un ancien dictateur africain) , et on demande à celui de donner à sa guise 5, 3, 2 ou 0 billets au receveur, qu’il ne voit pas et avec qui il n’aura aucun contact.Celui-ci peut alors accepter l’offre, auquel cas le partage est effectué, ou la refuser, et dans ce cas personne ne gagne rien. On peut donc voir ceux qui partagent leur gain de façon équitable (en donnant 5 billets) des autres. Des études précédentes ont montré que dans ce jeu, certains proposent un partage équitable dans un souci de partage, alors que d’autres le font avec une visée stratégique, sachant qu’ils ont toutes les chances de s’assurer un gain.

On administre ensuite aux donneurs une dose de testostérone, ou un placebo, et l’on compare les résultats. On constate alors que les donneurs qui ont reçu l’hormone ont plus tendance à formuler  des offres justes. Et cela va dans le sens de la théorie des chercheurs: la testostérone augmente l’importance que l’on donne au statut social. Ayant plus conscience de leur statut, les donneurs veulent éviter au maximum l’affront social que constitue le rejet.La testostérone pousserait donc à ête plus sociable, plus intégré, pour ne pas être rejeté du groupe.

Un autre aspect intéressant  de cette étude est l’illustration qu’elle fait du pouvoir de persuasion que peuvent avoir les clichés ancrés dans nos esprits. En effet, dans l’esprit général (et dans le mien, avouons le, avant d’avoir lu cet article), la testostérone est associée à un comportement agressif, violent, bref, antisocial. L’éthique médicale impliquant de prévenir les sujets qu’ils vont recevoir de la testostérone ou un placebo, ils se sont rendus compte que ceux qui pensaient avoir reçu de la testostérone faisaient en général plus d’offres injustes, au contraire de ceux persuadés d’avoir reçu un placebo. Bref, inconsciemment ou non, ils étaient influencés par l’idée qu’il se faisaient de l’action de la testostérone.

Finalement, je crois bien que la prochaine fois, dans un bar en fin de soirée, le mec bourré de testostérone, ce sera celui qui me paiera une bière.

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One Response to Bourré de testostérone.

  1. Ping: Sociologue lvl 35 « Science, croyance et idées reçues

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