Sur la piste des neurones de Dieu.

Sans rentrer ici dans les nombreuses guerres des siècles derniers, et de ceux à venir (les derniers relents de créationnisme, l’étude des cellules-souches…), dire que science et religion ont connu des frictions est une banalité. Mais chacun reste pour son alter ego une source de questions, et l’on ne brule plus les scientifiques comme une bonne vieille croix en Alabama. Les scientifiques, eux s’intéressent au sentiment religieux, par leur expérience personnelle ou d’un point de vue plus scientifique.

On peut se demander pourquoi toutes les civilisations vénèrent ou ont vénéré un dieu, ou plusieurs, alors que l’on pourrait s’en passer (il n’y a pas de jugement moral là dedans, mais une civilisation morale sans base religieuse est théoriquement possible). Darwin, dont le jour commémoratif est passé un peu inaperçu en France, voyait dans « la filiation de l’homme et la sélection liée au sexe » la religion comme une conséquence de l’imagination. Les archéologues semblent penser que la naissance du sentiment religieux semble contemporain de l’apparition de la capacité au symbolisme.

Les spécialistes du cerveau se sont également penchés sur la question. De nombreuses études, comme celle-ci, ont montré que, quelque soit la religion concernée, le sentiment religieux impliquait de nombreuses régions du cerveau. A l’Université d’Udine, le Pr. Urgesi et son équipe se sont intéressés au sentiment de transcendance, c’est à dire au fait de se considérer comme plus qu’un individu mais partie d’une création, de la nature…Les résultats publiés dans la revue Neuron pourraient donner une première piste sur le sentiment religieux.

88 patients atteints d’une tumeur au cerveau se sont donc vus remettre un questionnaire visant à quantifier leur transcendance, avec des questions sur l’éventualité d’être si concentré sur quelque chose qu’ils perdaient conscience du temps qui passe, ou sur leurs liens avec les autres et la nature.

Parmi ces patients, ceux qui ont obtenu le plus haut score sont ceux dont la partie postérieure du cerveau, et notamment les cortex temporal et pariétal, sont endommagés par la tumeur. Plus surprenant encore, le score grimpe encore lorsque ces patients ont subi une opération sur ces régions, alors que l’opération ne semble pas avoir d’effet notoire sur les patients atteints dans d’autres régions, comme le cortex préfrontal.

Une tentative d’explication: ces régions jouent un rôle dans la localisation dans l’espace et dans le positionnement de notre corps. Leur absence peut donc permettre une abstraction plus facile, et un certain flou dans la localisation du corps qui faciliterait le sentiment d’être plus qu’un individu aux frontières bien précises.  On savait par ailleurs déjà que ces zones du cerveau étaient actives pendant la prière.

Si cette étude montre quelques limites (notamment, justement, sur les habitudes religieuses des sujets), elle permet d’affiner notre compréhension du phénomène religieux. Notre cerveau s’est ainsi peut être adapté à sa propre faculté d’imagination, assignant des régions entières pour nous garder les pieds sur terre.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :