L’alcool adoucit-il les moeurs?

Ma maigre expérience des nombreux lieux de débauche éthyliques de la ville des lumières et d’ailleurs me laisse penser que, si l’alcool peut avoir un rôle sociabilisant, favorisant les conversations entre inconnus même sans forcément élever le niveau de celles-ci, un peu trop d’alcool peut aussi avoir l’effet inverse, et envenimer certaines petites frictions. Les sorties de bar sont connues pour être le théâtre d’accrochages et autre concours de « qui a la plus grosse réserve de testostérone » (c’est une expression imagée, nous avons vu que la testostérone n’était pas toujours si maléfique).

Au cours de la dernière conférence de l’American Association for the Advancement of Science, plusieurs exposés étaient rassemblés autour du thème de la violence (dont un exposé sur la relation entre l’emploi du temps des adolescents et leurs chances de se faire tirer dessus qui avait l’air très intéressant, si quelqu’un a des informations là dessus). L’un d’entre parlait notamment des liens entre distribution d’alcool et agressions.

C'est devant les supérettes américaines qu'on trouve ce genre d'individus peu recommandables.

Les auteurs de l’exposé ont regardé quelle était l’influence de la présence de débits de boissons (qui aux USA se trouvent sous deux formes, les restaurants et bars, où l’on boit sur le lieu de vente, et les liquor stores, où l’on emporte l’alcool pour le consommer ailleurs) sur la criminalité locale, à partir de l’exemple de la ville de Cincinnati.

Et si tous les débits d’alcool semblent participer à augmenter la violence dans ses environs, les bars et restaurants sont moins problématiques: statistiquement, ajouter un restaurant par mile carré (oui, bon, un jour ils découvriront les bienfaits du système métrique) ajoute 1.15 agression « simple » (par opposition à aggravée), un bar 1.35. En revanche, l’ajout d’un liquor store entrainera 2.6 agressions supplémentaires, et 0.6 aggravées.

Si ces magasins peuvent être la source de plus de problèmes, c’est qu’ils sont généralement un endroit où se retrouvent les personnes qui désirent boire sans se trouver dans bar, qui boivent donc dans un environnement avec des codes moins stricts (pas de personnel de sécurité aux environs, de nécessité de ne pas se faire expulser).

Et si cette étude revêt une quelconque importance, c’est que la violence urbaine a plusieurs origines, mais que peu son contrôlables: difficile d’agirde façon efficace et rapide sur la pauvreté, l’oisiveté forcée, l’hétérogénéité ethnique plus ou moins prononcée ou le sentiment d’anonymat. En revanche, le nombre de points de vente d’alcool peut lui être régulé assez facilement. Jusqu’à obliger à prendre sa voiture pour s’y rendre?

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