Un petit pas en avant dans la compréhension de l’évolution.

Parmi les divisions que l’on peut faire entre les êtres humains, en voici une: il y a ceux qui croient que les êtres vivants ont été créés tel quel par un dieu/créateur/horloger/webmaster, et les autres. Cet article va plutôt s’adresser aux autres, puisqu’on va y parler d’évolution.

Papillons de lumière

Je ne sais pas pour vous, mais moi, au siècle dernier (oui, bon, je sais), lorsqu’on m’a présenté l’évolution, on l’a fait avec un exemple  classique: celui de la phalène du bouleau. Pour résumer, il s’agit d’un papillon, que l’on peut trouver par exemple dans les environs de Manchester. Or, il se trouve que 150 ans avant Eric Cantona, ce papillon était blanc. Petit à petit, quelques papillons sombres sont apparus, et, à la fin du XIXe siècle, ces papillons sombres constituaient l’immense majorité de la population des phalènes. L’explication se trouve dans la mutation de la ville, en pleine révolution industrielle: les arbres ont vite été noircis par les pollutions diverses des industries naissantes (il faut dire qu’à l’époque, l’écologie n’était pas à la mode), rendant les papillons blancs plus visibles une fois posés sur l’écorce, et donc plus vulnérables face aux prédateurs (mais quel animal peut bien manger des papillons? C’est presque comme manger des bébés pandas). La sélection naturelle s’est donc effectuée au travers d’une adaptation à l’environnement.

Cette vision de l’évolution par l’adaptation à l’environnement m’a marqué, et je ne suis pas le seul apparemment, l’encyclopédie Wikipedia citée juste au dessus donnant une version des faits un peu similaire. En réalité, il n’est pas évident que ce soit aussi simple.

Le docteur Steve Paterson de l’Université de Liverpool et ses collaborateurs viennent en effet de publier un article dans la prestigieuse revue Nature montrant que le principal vecteur d’évolution pourrait bien être les interactions entre espèces. Cette étude se base sur une hypothèse d’un biologiste américain, Leigh Van Valen, poétiquement appellée « hypothèse de la reine de cœur »: dans De l’autre côté du miroir, la suite d’Alice au pays des merveilles, Alice s’étonne, dans une course avec la reine de cœur, de courir alors que le paysage lui ne défile pas. La reine lui répond alors qu’il faut courir vite pour rester sur place.

C’est en étudiant une bactérie, Pseudomonas Fluorescens (SBW 25 de son petit nom), et un virus parasite, le phage Φ2. Ils ont donc comparé l’évolution du virus dans deux cas: soit le virus et la bactérie peuvent évoluer, soit le virus évolue seul. Dans le premier cas, on assiste à une « course à l’armement » entre les deux organismes: la bactérie évolue pour se défendre du virus, et celui-ci mute pour contourner les nouvelles défenses. Dans ce cas, le virus évolue deux fois plus vite que lorsqu’il n’a pas à affronter une bactérie en constante évolution.

Cette étude montre donc que la coévolution, l’évolution simultanée de plusieurs espèces, est un puissant stimulant pour l’évolution des espèces, potentiellement capable de concurrencer l’adaptation à l’environnement. Etrangement, un regard sur notre histoire peut nous montrer un parallèle assez parlant: c’est en temps de guerre que la technologie fait de grands bonds en avant.

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