Pourquoi devient-on monogame?

Non seulement d’un point de vue légal, mais aussi d’un point de vue des mœurs, la monogamie est le standard des sociétés occidentales. C’est aussi le standard chez certaines espèces animales, comme le cygne, le manchot ou l’hippocampe. Si l’on pourrait attribuer la monogamie humaine à une combinaison de traditions, d’éducation et de sentiments, dans une proportion variable, ce cocktail semble plus improbable chez les animaux. Il faut donc se pencher du côté de la biologie de l’ évolution.

D'accord, le cygne est monogame, altier et mignon. Ça n'en reste pas une sale bête moins vicieuse et agressive.

C’est ce qu’ont fait deux chercheurs de l’East Carolina University, aidés d’un troisième larron de l’Universidad Ricardo Palma. Pour cela, ils ont utilisé un animal pourtant peu réputé monogame, la grenouille. Dans leur étude sur les facteurs environnementaux et leurs conséquences sur la monogamie et le partage des tâches parentales publiée dans The American Naturalist, ils ont analysé le comportement de 404 espèces de grenouille. Ils ont pu trouver un fort lien entre la taille de la mare utilisée pour la fécondation, et l’implication des parents dans les soins apportés aux enfants: d’après leurs données, plus cette mare est petite, plus les parents sont attentifs, et s’occupent à deux de leur progéniture.

Ils ont alors porté leur attention en détail sur deux espèces de grenouilles, Ranitomeya imitator, et sa cousine, Ranitomeya variabilis, très proches l’une de l’autre. La seule différence entre ces deux grenouilles est la quantité de ressources nutritives disponibles dans les mares où elles se reproduisent. La première se reproduit dans des mares petites, où peu de nourriture est disponible, et les deux parents s’occupent des têtards, tandis que chez la seconde, qui se reproduit dans des mares plus grandes et nourricières, seul le mâle joue un véritable rôle parental.

L’explication semble simple: pour survivre, les têtards d’imitator requièrent les soins des deux parents, et la sélection naturelle va donc favoriser la descendance des couples qui s’occupent de leur progéniture. De plus, en utilisant la génétique pour recréer la généalogie des familles d’imitator observées, les biologistes se sont aperçus que la grande majorité des individus étaient monogames, ce qui est plutôt rare chez les animaux, et jusqu’alors inconnu chez les grenouilles. La polygamie semble en effet plus adaptée d’un point de vue de l’évolution, puisqu’elle permet un plus grand brassage génétique et donc une faculté d’adaptation plus grande.

On a donc affaire à un cas de compromis entre survie de l’espèce et diversité génétique, et à l’association plutôt rare de l’influence d’un seul paramètre environnemental (ici l’abondance de nourriture) sur le comportement sexuel et parental d’une espèce. Toutefois, avant de tirer des conclusions hâtives, il convient de rappeler que l’espèce humaine possède de nombreuses singularités, et qu’extrapoler ses résultats au comportement sexuel de votre partenaire est risqué.  On en retiendra un conseil: chère princesse, avant d’embrasser un crapaud, regardez la taille de sa mare.

Sinon, il convient aujourd’hui de souhaiter aux lecteurs une bonne journée de π.

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