Le beau gosse impuissant, alternative aux pesticides?

Pour se débarrasser des insectes nuisibles qui endommagent les cultures, l’approche traditionnelle consiste à répandre sur les plantations divers pesticides, plus ou moins adaptés aux espèces visées.  Ces épandages sont toutefois très mauvais pour l’environnement, il n’y a qu’à voir pour s’en persuader l’état des nappes phréatiques en Bretagne, contaminées notamment par des nitrates. Grâce au développement des biotechnologies, l’épandage peut être limité par l’utilisation de plantes génétiquement modifiées (PGM), produisant « naturellement » des toxines comme le Bacillus Thuringiensis, plus connu sous le sobriquet « Bt ».

Outre les problèmes liés à la contamination d’autres plantes, voire à la toxicité pour l’homme ( ce qui reste une question ouverte, même si l’expérience tend à prouver que les risques sont faibles), cette technique risque de provoquer une coévolution des insectes visés. Nous avons déjà vu que la coévolution pouvait être un fort moteur d’évolution, et dans notre cas, les insectes deviennent peu à peu, par sélection naturelle, résistants aux toxines. Cela oblige à repenser constamment les plants, à varier les toxines, ce qui augmente considérablement les couts.

Une équipe de l’Université Hébraïque de Jérusalem a peut-être trouvé un astucieux moyen de contourner ce problème, tout en évitant de répandre des toxines dans l’environnement. Publié dans le ISME Journal, leurs recherches montrent comment une approche ancienne du problème, celle de l’insecte stérile, peut bénéficier des progrès en biotechnologie. La technique est simple: il s’agit de relâcher dans l’environnement des mâles de l’espèce visée, préalablement stérilisés. Les femelles vont donc copuler avec ces mâles, produisant des œufs non fertiles, et la population va donc décroître petit à petit.

Cela suppose d’élever un grand nombre d’insectes, de les stériliser et de les transporter pour les répandre dans la nature. Toutes ces étapes peuvent affecter la compétitivité sexuelle des mâles (leur pouvoir de séduction, pour faire simple). L’équipe du Pr. Yuval a donc cherché ce qui rendait les mâles d’une espèce simple de mouche, la drosophile, séduisants. En optimisant leur nutrition, et les bactéries dans leur environnement, les chercheurs ont pu créer des mâles ultimes, irrésistibles pour les femelles, mais stériles. Leur utilisation est donc rendue bien plus efficace.

Cette technique permettrait donc, après quelques recherches initiales sur les différents parasites de nos cultures (on ne parle pas de télé-réalité), d’avoir un effet pesticide sans utiliser de produit chimique, et en minimisant les risques de coévolution. Une adaptation des habitudes des insectes n’est pas à exclure, du même type que celle décrite dans Et on tuera tous les affreux. On peut également penser à d’autres utilisations, notamment pour combattre les maladies véhiculées par les moustiques.

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