On est ce que l’on mange.

J’ai malheureusement un peu l’impression, à force d’articles sur la diététique, l’activité sportive, etc, de me poser en apôtre hygiéniste de la bonne morale. Et j’ai peur que ça ne s’arrange pas vraiment avec cet article: je vous promet, j’essaie au maximum de trouver des articles sur les bons côtés de l’alcool, du manger-bouger mais pas trop, et un peu gras, et un peu sucré. Parlons donc dès à présent de l’impact de notre mode de consommation de la nourriture sur notre comportement, et plus particulièrement l’impact des fast-food, de plus en plus répandus en France depuis une trentaine d’années (le premier McDonald’s français ayant ouvert ses portes en 1972).

Dans le journal Psychological Science, deux chercheurs de l’université de Toronto viennent en effet de publier une étude sur le fast-food et l’impatience de ses utilisateurs. Pour cela, trois expériences ont été conduites. Dans la première, 57 étudiants vont d’abord lire un paragraphe (qui servira de référence), puis on leur demande de se concentrer sur le centre d’un écran, en ignorant les images qui apparaissent en périphérie. Pour une partie d’entre eux, ces images, plutôt que de simples carrés, seront des logos de fast-food connus, émis trop rapidement pour être consciemment reconnus. Les étudiant doivent alors lire un autre texte, sur la ville de Toronto, pendant lequel ils sont chronométrés. Par rapport à leur référence, les étudiants soumis aux logos lisent significativement plus vite, même si il n’y a aucune pression pour cela (les étudiants sont libres de lire au rythme qu’ils veulent).

Dans la seconde étude, on demande à des étudiants, après s’être souvenus de leur dernier repas dans un fast-food, ou de leurs dernières courses alimentaires (groupe contrôle), de choisir entre différents produits, proposés par paire, l’un permettant un gain de temps par rapport à l’autre (un shampoing 2-en-1 par exemple). Les étudiants se rappelant leur dernier Big Mac (ou assimilé, ne soyons pas sectaire), se tournent alors majoritairement vers les produits susceptibles de leur faire gagner du temps. Enfin, des étudiants, soumis à des logos divers (contrôle) ou de fast-food (McDonald’s ou KFC), ont du choisir une récompense: 3$ de suite, ou une somme variant entre 3.05 et 7$ dans une semaine. L’exposition au fast-food entraîne une somme bien supérieure afin de persuader les étudiants d’attendre.

Ces trois expériences montrent que l’exposition au fast-food change nos motivations, en nous rendant plus impatients. Si l’économie de temps peut être une motivation réelle, cette impatience se manifeste également lorsqu’il n’y a aucune raison de se presser: la restauration rapide contribue à établir une culture de l’immédiateté, qui peut avoir des conséquences désastreuses dans d’autres domaines, la crise financière étant un bon exemple des dangers de visions court-termistes. Les auteurs suggèrent donc que lorsque l’on doit se pencher sur les méfaits du fast-food, il faut voir plus large que le simple décompte des calories.

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