Les nègres en blouse blanche

Ceux qui ont eu de nombreuses occasions d’argumenter autour de certains sujets connaissent l’argument phare de certains adeptes de la théorie du complot: s’ils ne peuvent pas donner de preuves de ce qu’ils avancent, c’est parce que les franc-maçons/illuminati/reptiliens empêchent la production de celles-ci. De même, toutes les preuves qui vont à l’encontre de leurs croyances sont marquées du sceau de l’infamie, comme directement issues de ces élites manipulatrices. Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, ce sont les tenants de différentes médecines alternatives qui expliquent que:

  • si il n’y a pas d’essais cliniques en double aveugle probants, c’est parce que les groupes pharmaceutiques les empêchent (en faisant pression sur les scientifiques/ les journaux scientifiques)
  • les  études montrant l’efficacité de la médecine scientifique (et donc des médicaments) sont fabriquées de toutes pièces par ces mêmes groupes.

American medical association, vision d'artiste.

L’affaire que nous révèle The Australian, entre autres, ne va pas contribuer à renouer les liens entre le public et l’industrie pharmaceutique. L’histoire commence en décembre 2008, quand le comité des finances du sénat américain enquête sur la possibilité que le géant du médicament Pfizer, via l’entreprise Wyeth, ait utilisé des scientifiques comme prête-noms pour des études faisant la promotion de leurs produits. Le procédé est simple: utiliser des nègres, en l’occurrence ceux de l’entreprise DesignWrite, pour écrire des publications montrant l’efficacité des produits de la firme, puis demander la signature d’un scientifique plus reconnu, comme le Dr Eden, directeur du Sidney Menopause Center.

Ce dernier explique que la firme lui a proposé le titre d’un article, et l’aide d’un rédacteur accompli pour l’écrire plus rapidement, bien que l’étude en question soit basée sur les travaux du Dr Eden et qu’il ait eu le dernier mot concernant l’aspect final de la publication. Il a cependant été furieux d’apprendre que cet article a en fait été passé au crible par le service marketing de Wyeth, et s’inscrivait dans une démarche commerciale, publicitaire de leur part,et non purement scientifique.

Soyons clairs: il ne s’agit en aucun cas de résultats truqués, ou d’affirmations fausses: le scientifique, ainsi que le sénat américain, considère que l’article représente fidèlement les travaux menés. Pas de fausses promesses, pas de mensonge. Mais il faut tout de même s’inquiéter de la possible manipulation de la science, et de la bonne foi de scientifiques, à des fins commerciales. La question de l’indépendance des chercheurs se trouve donc au cœur du débat: il ne faut pas certes stigmatiser les liens entre la recherche industrielle et la recherche académique, dont les deux partis tirent profit, mais il convient pour les scientifiques de rester sur leurs gardes pour ne pas devenir des hommes-sandwichs, disant certes la vérité, mais une vérité markétée à leur insu.

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