Pudeurs et tremblements.

Les peurs millénaristes ou le Déluge ne sont qu’un exemple: les catastrophes naturelles sont souvent associées à une vengeance divine, à cause de comportements impies de la part des hommes. On en a eu la preuve il y a encore quelques années, du côté de la frange dure du christianisme américain, avec le passage de l’ouragan Katrina, due d’après des gens de la trempe de Pat Robertson à la décadence de la morale américaine, en matière d’avortements par exemple, Lévitique à l’appui. Dans le grand concours d’idioties religieuses, il était évident que la série de tremblements de terre de ce début d’année allait être un prétexte à de bien belles théories. Et c’est un « intellectuel » iranien, du riant nom de Hojatoleslam Kazem Sediqi, qui s’y est collé: s’il y a eu un tremblement de terre, c’est parce que les hommes ont péché. Et si les hommes pêchent, c’est qu’Eve n’est pas bien loin: les femmes qui osent se vêtir de façon affriolante (de façon par exemple à pouvoir respirer) provoquent les bas instincts des hommes, les pauvres, qui résistent de leur mieux mais finissent par craquer.

Laissons de côté le fait que les hommes soient incapables de se restreindre, qu’ils ne sont apparemment, eux, pas très excitants (puisque les femmes ne deviennent pas folles à la vue d’un mollet ou d’un menton), pour nous attacher à la théorie scientifique derrière ces propos. Ou plus précisément, à mettre à l’épreuve cette théorie par l’expérience. C’est dans ce sens que va l’initiative de la blogueuse Jen McCreight, du blog Blag Hag: proposer au maximum de femmes de s’habiller de façon indécente le lundi 26 avril, afin d’observer l’effet sur l’activité sismique. C’est ainsi qu’est née l’opération « Boobquake », relayée par exemple sur Facebook.

Hélas, les seins tant adulés par une presque moitié de la population terrestre ont prouvé les limites de leur pouvoir. En effet, les résultats ont été donnés par l’organisatrice: si 47 tremblements de terre ont eu lieu, on est tout à fait dans la norme de l’activité sismique moyenne. Et même si un séisme de 6.5 a été relevé à Taïwan, il s’en produit 134 par an, on avait donc un peu plus d’une chance sur trois que ça arrive. Bien entendu, l’expérience manque un peu de rigueur et de contrôle sur le paramètre majeur: la quantité d’indécence générée. Aucun moyen de savoir de combien cette indécence a augmenté ce jour précis. Difficile également de juger sur une seule expérience: il faudra refaire le boobquake, continuer le dur labeur, pour arriver à avoir des résultats statistiquement significatifs. Difficile à supporter, mais c’est pour la science.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :