Ironie du sort.

Si parfois la vie de scientifique semble prélever un lourd tribu sur les plus éminents chercheurs (voir la mort de Marie Curie ou le menton des Bogdanoff), à d’autres moments, le destin semble prendre un malin plaisir à appliquer aux autres le fruit de leurs découvertes. Si le premier exemple qui vient en tête est celui du docteur Guillotin qui finira par passer au Rasoir National, on s’est aperçu récemment du morbide comique du destin de Charles Darwin.

Darwin reste bien entendu célèbre pour son livre fondateur, On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life, qui théorise l’évolution des espèces par le biais de la sélection naturelle. Pour faire rapide, la théorie veut que les individus les plus adaptés à l’environnement se reproduisent plus que les autres, passant ainsi leurs caractéristiques héréditaires, modifiant peu à peu l’espèce. Pour survivre à des changements d’environnements, une espèce doit y être adaptée, mais aussi présenter une grande variété de caractéristiques, variété créée par la reproduction sexuée. Un obstacle à cette diversité est la consanguinité, la reproduction entre cousins plus ou moins éloignés: on ne diversifie alors pas autant les individus. Darwin lui-même avait identifié le problème, en montrant que l’allogamie était plus favorable à l’obtention de plantes saines et robustes que l’autogamie.

Dans le journal BioScience, des chercheurs canadiens et espagnols viennent pourtant de publier une révélation pour le moins ironique: les malheurs de la famille Darwin proviendraient en partie de la consanguinité. Charles était en effet marié à Emma Wedgwood, qui n’était autre que sa cousine.De plus, les parents de la mère de Darwin étaient cousins à la troisième génération. Pour résumer, voilà un morceau de l’arbre généalogique des Darwin:

Des dix enfants qu’ils eurent ensemble, trois périrent en bas-âge, et trois des six qui convolèrent en de longues noces n’eurent pas d’enfants, un signe, d’après les chercheurs, de problèmes reproductifs. Darwin, lui, était atteint d’une maladie chronique, mais ses biographes modernes penchent pour la maladie de Chagas dont on a parlé hier, contracté en Amérique du Sud.

C’est en écrivant sa biographie qu’un des chercheurs s’est aperçu du problème, et a proposé à ses collègues d’analyser la famille Darwin/Wedgwood. Les enfants de Charles Darwin se sont révélés avoir un taux de consanguinité de 6.3%, c’est à dir que pour un gène donné, il y avait 6.3% de chances que les deux parents aient donné le même à leurs enfants, ce qui reste très proche du taux de 6.25% calculé pour un mariage entre premiers cousins.Le taux monte à 12.55% pour les enfants du frère d’Emma.

Darwin lui-même se demanda s’il n’avait pas transmis sa maladie à ses enfants, ce qui n’est pas le cas, la maladie de Chagas étant due à un parasite. En revanche, les statistiques montrent une sensibilité plus grande des enfants avec un fort taux de consanguinité pour des maladies comme la scarlatine ou la tuberculose, ainsi que certains problèmes de fertilité (même si, jugeant à plusieurs siècles d’écart, il se pourrait qu’il y ait d’autres causes au cas des enfants Darwin). Personne n’est à l’abri de l’ironie…

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