Gendarmes et voleurs, pensent ils comme nous?

Comme l’illustre la phrénologie ou les premiers romans policiers, la perception populaire est que les gens qui violent la loi, autant que ceux qui tentent de la faire respecter, pensent d’une façon un peu différente de la moyenne. Déformation professionnelle pour certains, destin programmé par la génétique pour d’autres, les explications ont été nombreuses, avec des conséquences parfois terribles: certains étaient si convaincus de la présence d’un « esprit criminel » chez certains que vers les années 1880, trois condamnations valaient un billet pour le bagne, bel exemple de peine-plancher.

Pour savoir si les policiers et les criminels ont vraiment une vision un peu différente du monde, au moins en ce qui concerne le crime, un chercheur de l’Université de Grenade aidé d’un chercheur de l’Université de Cambridge ont testé des experts, autour d’une thématique: le cambriolage. C’est dans Psychonomic Bulletin & Review qu’ils expliquent leur façon de faire.

Ils ont  donc pris 120 volontaires, quarante étudiants jouant le rôle de contrôle, 40 officiers de polices, avec une moyenne de 19.4 années d’expérience du combat contre le crime, et 40 criminels condamnés, revendiquant en moyenne 57.2 cambriolages. Des experts, en quelques mots. On leur a demandé d’évaluer l’influence de plusieurs facteurs sur la probabilité de cambriolage d’une maison (va-t-on plus cambrioler une maison dont la boîte aux lettres est pleine ou vide, de plein-pied ou avec des étages, les lumières allumées ou éteintes…). Pour cela, dans un premier temps, il doivent choisir à plusieurs reprises entre deux maisons, dont les caractéristiques (présence d’alarme, courrier ou non, lumières) ont données. Ensuite les participants doivent établir sur une échelle de 0 à 100 quel est l’influence selon lui de chaque facteur.

Grâce à cette dernière expérience, on peut se rendre compte que si les policiers et les étudiant sont à peu près d’accord sur l’importance relative de ces facteurs, les cambrioleurs eux ont des repères différents. La présence d’une alarme, la position dans la rue (à un coin de rue plutôt qu’au milieu d’une rue), l’entretien de la maison ou la présence d’étages paraissent beaucoup plus importants pour les monte-en-l’air qu’on ne le soupçonne.

On peut également, grâce à ces informations, se rendre compte de quelle stratégie adopte chacun dans le choix de la cible d’un cambriolage. Les étudiants, par exemple, choisissent la propriété à cambrioler en prenant les différents facteurs, en prenant en compte leur importance, puis en faisant une sorte de moyenne. Les professionnels, eux, ont une autre stratégie: ils prennent le facteur le plus déterminant en compte seulement, et choisissent selon ce critère. Si il ne permet pas de choisir, ils passent au second, et ainsi de suite.

L’étude montre donc que les professionnels du crime ont donc une stratégie commune pour déterminer une cible potentielle, contrairement au reste de la population (enfin, pour être précis, aux étudiants de psychologie). En revanche, des progrès restent à faire pour que nos forces de l’ordre puissent vraiment évaluer quel est le facteur le plus déterminant dans le risque de cambriolage, afin de pouvoir faire une prévention plus efficace.

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