Un effet papillon d’un nouveau genre pour éviter la monnaie de singe.

Aubade, de Damien Hirst, fait d'ailes de papillons collées sur de la toile.

Peu d’animaux sont associés à autant de symboles que le papillon. Issu d’une larve peu ragoutante, son passage par la chrysalide reste un pncif de la transformation, du passage de l’enfance à l’âge adulte. Comme toutes les créatures volantes, il reste associé à la liberté, comme en témoigne ce « Papillon » resté synonyme d’évasion. Enfin, la brièveté de sa vie ainsi que la délicatesse de son corps en font un modèle de fragilité, et sa petite taille (pour les individus fréquemment rencontrés dans les pays occidentaux, rappelons que les plus grands lépidoptères ont une envergure avoisinant les 30 cm) en a fait le cliché idéal pour l’effet papillon et son interrogation demeurée célèbre: le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas? Mais avant toute chose, c’est pour la beauté et la multitude de ses couleurs, arborées fièrement sur ses deux paires d’ailes.

Ce sont précisément ses couleurs iridescentes qui ont fasciné une équipe de chercheurs, provenant des universités de Cambridge et d’Exeter. En effet, contrairement à la majorité des couleurs présentes dans la nature, elles ne sont pas dues à des pigments, mais à des réflexions multiples de la lumière sur les ailes. Dans leur article paru dans la revue Nature Nanotechnology, les scientifiques expliquent ainsi que les ailes sont un assemblage périodique de couches de cuticule et d’air, ce qui va permettre, à la manière d’un interféromètre assemblé à l’échelle du micron, de produire différentes couleurs. Les chercheurs ont également montré que ces ailes avaient une caractéristique particulière, qui pourrait bien illustrer son avantage évolutif: vu avec le dispositif adéquat (l’œil du papillon, par exemple), les grandes taches vertes apparaissent d’une autre couleur, en l’occurrence un bleu très vif. Le papillon peut donc se faire voir par ses partenaires hypothétiques, tout en restant camouflé aux yeux de ses prédateurs.

Les scientifiques ne se sont toutefois pas contentés d’observer. En utilisant diverses techniques de nanofabrication (procédés permettant de réaliser des objets dont la taille est de l’ordre de quelques nanomètres), tirant parti de propriétés d’auto-assemblage aussi bien que de méthode de dépôt de couches atomiques, ils ont réussi à recréer un matériau aux propriétés semblables aux ailes de papillon. Et il ne s’agit pas d’un tour de force qui restera une performance sans lendemain.

Ces structures, difficiles à produire et possédant une signature optique très dépendante de leur organisation internes, sont en effet de très prometteuses candidates pour la sécurité des documents imprimés. Combinés à l’utilisation d’un détecteur particulier, semblable à l’œil énamouré du partenaire du papillon, on peut imaginer voir se poser ces nouveaux matériaux sur nos billets et nos passeports, pour en garantir l’authenticité.  Sans bien sur se bercer de trop d’illusions: ce papillon de lumière sera tôt ou tard imité par les descendants de Papillon.

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