Chiens et chats, cerveau et sociabilité

L’évolution se faisant sur un temps tellement long à l’échelle de nos courtes vies, et grâce à des mécanismes tellement différents, qu’il est parfois difficile pour tout le monde, y compris pour les spécialistes, d’avoir des idées claires sans tomber dans les clichés. Et ces derniers ont parfois la vie dure. Parmi ces clichés, il y a celui de l’intelligence, ou plutôt, de la taille du cerveau. Ainsi, on a tendance à penser que tous les animaux ont subi la même transformation, à savoir une augmentation de la taille relative de leur cerveau, avec des variantes suivant les différents environnements.

Pourquoi? Simplement parce que les études se sont focalisés sur la façon dont chaque espèce a évolué de manière à déterminer l’influence de tel ou tel facteur, en supposant que tous les animaux suivaient le même schéma. Mais en allant contre cette hypothèse classique, des biologistes de l’université d’Oxford ont découvert qu’une donnée avait été largement ignorée. Dans PNAS, on apprend en effet que les différents animaux n’ont pas connu la même augmentation de la taille de leur encéphale. Cette étude se base sur l’analyse de la taille du cerveau chez les mammifères, sur plus de 500 espèces et sur une durée de 60 millions d’années. Et l’on se rend compte que certains groupes ont vu la masse de leur matière grise grandir plus rapidement que d’autres. Même certains animaux en contact avec l’homme semblent laissés pour compte, comme les chats.

Les grands gagnants de la loterie de la cervelle sont les singes, dont les capacités cérébrales ont explosé, devant les chevaux, dauphins, chameaux et chiens. Tous ces animaux ont en commun d’être très sociaux, de communiquer beaucoup et d’agir en groupe. En revanche, les animaux plus solitaires, comme les chats, les cerfs ou les rhinocéros, ont en revanche moins évolué. Les auteurs de l’article supposent que ces différences s’expliquent par cette sociabilisation : non seulement, elle introduit de la compétition entre les membres du groupe, mais elle demande aussi de plus grosses capacités pour s’adapter aux demandes de la communauté.

Finalement, l’indépendance du chat par rapport à l’homme, vue souvent comme une plus grande preuve d’intelligence, n’est pas forcément un avantage du point de vue du développement cognitif, puisqu’elle coupe le mignon félin d’opportunité de communiquer, tant que le chien, plus dépendant, mais aussi plus social, semble se tailler la part du lion sans que l’on s’en rende compte.

 

3 Responses to Chiens et chats, cerveau et sociabilité

  1. Nicobola dit :

    Évidement que tous les cerveaux ont évolué pareils et qu’en même temps ils ont tous évolués différemment ^^ Tous les mammifères héritent d’un cerveau qui a évolué de la même manière avant leur diversification. Par contre après leur diversification, chaque lignée évolue indépendamment dans les limites de son héritage.
    Par contre l’étude, comme présentée ici, ne semble parler que de taille du cerveau et y faire une équivalence avec le degré de socialisation ou l’intelligence. Voir même une équivalence entre « degré d’évolution » et taille du cerveau: « les animaux plus solitaires, comme les chats, les cerfs ou les rhinocéros, ont en revanche moins évolué »! Équivalences qui sont loin d’être nécessaires voir fausses! Je n’ai absolument pas l’impression que cette étude nous fasse sortir des clichés mais bien au contraire qu’elle nous y embourbe >_<

    Serait-il possible d'avoir les références de l'article? Voir même, si vous l'avez en votre possession, me l'envoyer?

    Merci, et à bientot!

    • G. Berteloot dit :

      En fait, de ce que j’en ai compris (n’étant pas vraiment spécialisé en zoologie), l’étude porte sur la variation de la taille du cerveau au cours du temps. Le constat est que les animaux sociaux ont un cerveau dont la taille augmente plus vite. En revanche, il ne s’agit pas vraiment de parler d’intelligence (il n’est pas évident d’évaluer celle d’un animal, alors celle d’un fossile), juste de taille, qui est plus ou moins corrélée aux capacités de l’animal (pas forcément en terme d' »intelligence », mais aussi de mémoire, de coordination…). Pour l’assimiliation au degré d’évolution, c’est un raccourci de ma part, qui n’est peut être pas très heureux.

      En ce qui concerne l’article, il est en lien dans le texte normalement.

  2. LamantinBoy dit :

    Un truc marrant sur l’évolution de la taille des cerveaux, c’est qu’on en a observé une réduction quasi systématique pour les espèces domestiques vis-à-vis de leur équivalent sauvage. Ce serai lié de fait à une moindre utilisation des zones du cerveau liée à la perception : repérer un assiette de canigou, ça ne demande pas généralement beaucoup d’acuité sensorielle…

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