Alzheimer : Quand les zèbres perdent leur rayures.

La maladie d’Alzheimer est malheureusement bien connue dans nos contrées, touchant les personnes âgées. Elle est terrible d’au moins deux façons différentes : d’une part parce qu’elle affecte la mémoire de nos parents, et qu’il est toujours émotionnellement très douloureux de voir la personne qui nous a élevé être incapable de nous reconnaître; et d’autre part, parce qu’il n’existe pour le moment aucun traitement efficace. Toutefois, on continue d’en apprendre plus sur cette maladie et ses conséquences, qui peuvent parfois être surprenantes.

Les tests d’amorçage sémantiques sont un bon exemple de ces résultats contre-intuitifs. En effet, nous sommes tous plus rapides à reconnaître un mot (par exemple, un « lion ») si l’on nous a peu avant confronté à un autre mot proche (par exemple, le mot « tigre »). Étonnamment, les malades atteints d’Alzheimer sont plus rapides que la moyenne à reconnaître le second mot, alors même que leur mémoire sémantique est détériorée. Mais jusqu’ici on avait du mal à comprendre ce paradoxe. Une étude publiée dans Cortex par des chercheurs des hôpitaux de Caen et de Rennes vient lever un coin de voile.

Les neurologues ont testés la mémoire sémantique de patients atteints d’Alzheimer et d’une autre maladie plus spécifique, la démence sémantique, dont la mémoire est perdue. Pour cela, ils ont utilisé deux types d’amorçage : un basé sur un attribut spécifique (les rayures du zèbre) ou plus générique (les plumes d’un canard), et l’autre basé sur des catégories proches (« tigre » et « lion ») ou éloignées (« éléphant » et « crocodile »). On se rend compte alors que si les patients atteints de démence montraient une absence d’amorçage quelque soit l’attribut utilisé, les patients atteints d’Alzheimer n’ont de difficulté qu’avec celles distinctives. En revanche, on retrouve un effet d’hyper-amorçage si l’on utilise un test basé sur les catégories.

Cela montre que cet effet d’hyper-amorçage est bel et bien dû à la détérioration de la mémoire sémantique : plus celle-ci est affectée, plus les mots perdent de leur sens distinctif. Ainsi, dans l’esprit du malade, le zèbre perd ses rayures, ou la girafe son long cou, pour ne rester que des mammifères à quatre pattes. A mesure que les définitions des mots se font plus floues, les frontières entre ceux-ci sont moins nettes et l’association se fait donc plus rapidement, ce qui engendre les résultats a priori paradoxaux.

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One Response to Alzheimer : Quand les zèbres perdent leur rayures.

  1. Guy Drobi says:

    Pas étonnant alors que les malades atteints d’Alzheimer prennent le zèbre pour un animal de trait

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