Faut-il s’intéresser à la vie privée de nos médecins?

Faire confiance à quelqu’un, ce n’est jamais évident. Et quand il s’agit de confier sa vie, on comprend que l’on veuille avoir toutes les garanties. On peut donc se poser la question de la vie privée du praticien que l’on consulte, surtout si il est question d’une intervention chirurgicale. Accepteriez-vous de vous faire ouvrir par un chirurgien saoul comme un Polonais? De vous faire tripoter les organes avec au bout du bistouri quelqu’un sous des médications violentes (à part Gregory House, peut être)?

C’est la question abordée dans un éditorial du New England Journal of Medicine, en se focalisant sur le manque de sommeil. En effet, on sait que le manque de sommeil peut diminuer les facultés psychomotrices autant que l’alcool : les conséquences sur la réussite ou l’échec d’une opération peuvent alors être importantes. C’est pour cela que la Sleep Research Society recommande l’information des patients sur l’état de fatigue du médecin qui va les opérer, en leur faisant signer un consentement après leur avoir communiqué les conséquences d’un manque de sommeil. Bien entendu, cela peut engendrer des reports d’interventions et provoquer des difficultés à la fois logistiques et administratives, mais les auteurs affirment que les surcoûts seraient compensés par des complications post-opératoires en déclin. Et surtout, n’oublions pas le serment d’Hippocrate, par lequel le soignant s’engage à informer « les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences ».

Si la vie privée des médecins peut influencer la qualité des soins, il peut paraître légitime pour les patients d’essayer de se renseigner. Et quelle meilleure source d’informations actuellement que celles que l’on donne sans s’en rendre compte, notamment sur Facebook? Dans le Journal of Medical Ethics est publiée la réflexion de chercheurs de l’université de Rouen sur le sujet. Ceux-ci ont demandé à 200 étudiants (internes et externes) en médecine quel était leur comportement vis à vis du réseau social, et l’influence que cela peut avoir sur la relation patient-traitant. Et 48% d’entre eux pensent que celle-ci peut être endommagée par la découverte du profil de médecin (même si 76% d’entre eux estiment qu’il faut un accès à l’intégralité du-dit profil). On peut comprendre ça par une rupture de la distance nécessaire entre le patient et son médecin, et l’accès par les patients à des informations qui ne leur sont pas destinées peut entamer leur confiance.

Cela apparaît d’autant plus préoccupant que, sur les trois-quarts des participants ayant un profil Facebook, l’immense majorité (entre 97 et 99%) peut être identifiée d’après les informations qu’elle donne, et 91% des interrogés y ont une photo. Un peu moins de la moitié d’entre eux n’a pas changé les conditions d’accès à leur profil. Si une infime partie (6%) a déjà reçu des demandes d’ami de la part de leurs patients, la grande majorité (85%) dit qu’elle refuseraient catégoriquement toute demande. Mais ces comportements risquent de changer au fil du temps, avec la banalisation des réseaux sociaux. Il s’agit donc d’y être attentif, et d’informer les médecins qui ne sont peut-être pas conscients des implications possibles.

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