Quels médicaments essaie-t-on de nous vendre?

L’affaire récente du Médiator met en relief plusieurs dysfonctionnements de notre système de santé qui ne se réduisent pas seulement à la négligence de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé. Dans cette histoire, on se rend compte qu’un médicament, dont l’efficacité avait été prouvée il y a longtemps pour un groupe bien précis de patients, a été largement dévoyé de son utilisation première, ce qui a mis en danger un grand nombre d’usagers. Et cette pratique est accentuée par le marketing des laboratoires pharmaceutiques, dirigé vers les praticiens.

Ce marketing est épinglé dans un article de l’American Journal of Public Health où est proposée une loi, la « loi du bénéfice inverse ». Cette loi s’inspire d’une loi appelée « loi du soin inverse« , qui postule que la disponibilité d’un soin médical de qualité varie inversement avec le besoin de soin de la population. Ainsi, les auteurs, basés au Texas et au New Jersey, postulent que les médicaments font d’autant plus l’objet de campagne marketing à destination des professionnels qu’ils présentent peu de bénéfices pour la population. Les auteurs identifient ainsi plusieurs stratégies utilisées par les laboratoires pharmaceutiques :

  • Réduire le seuil de diagnostic : il s’agit d’une stratégie destinée à gonfler artificiellement le nombre de gens à traiter. On peut prendre par exemple le cas du diabète de type 2. Bien que garder un niveau faible de glucose dans le sang n’a pas de réel impact pour la majorité des patients, le seuil de glucose à partir duquel le diabète est diagnostiqué ne cesse de baisser. Ainsi, le nombre de gens médiqués augmente, et les personnes avec un risque diabétique très faible sont soumis aux risques dus aux effets secondaires des médicaments qu’on leur fait prendre.
  • Se baser sur des substituts : il faut se souvenir par exemple que l’hypertension ou l’hypercholestérolémie ne sont que des substituts pour la prévention de maladies avec un réel impact sur le patient, comme l’infarctus du myocarde. Il s’agit alors pour les laboratoires de faire accepter les substituts comme des buts thérapeutiques en soi, en les déconnectant des véritables risques pour les malades.
  • Exagérer la sécurité : il s’agit là de faire apparaître les médicaments comme plus surs, afin que les médecins les prescrive à un plus grand nombre. Ainsi, l’apparition d’antidépresseurs présumément moins dangereux a fait que des patients, dont on considérait auparavant la maladie trop bénigne pour être soignée, se sont mis à prendre des médicaments.
  • Exagérer l’efficacité : de la même façon, faire croire à une plus grande efficacité permet de conquérir de nouveaux marché. D’après les auteurs, cette stratégie est fréquente mais n’est qu’un complément aux autres stratégies.
  • Créer de nouvelles maladies : quoi de mieux qu’un nouveau marché? On a ainsi pu assister à la création de nouvelles pathologies, comme le pré-diabète et la pré-hypertension (en conjonction donc avec la baisse des seuils de diagnostic ou l’utilisation de substituts). On peut aussi penser à l’ostéopénie, qui correspond à des os de faible densité, mais d’une densité suffisante pour ne pas être un cas d’ostéoporose. Cette « maladie » touche beaucoup plus de personnes que l’ostéoporose, et permet donc de vendre plus de bisphosphonates.
  • Encourager les usages alternatifs : c’est en partie ce qu’il s’est passé dans le cas du Médiator, où un médicament destiné aux diabétiques s’est retrouvé utilisé comme coupe-faim.

Les auteurs proposent l’utilisation plus vaste d’organisations neutres pour contre-carrer ces stratégies. Des organisations neutres pour écrire les recommandations d’usage des médicaments, mais aussi pour faire des essais sur la sécurité, l’efficacité des médicaments, et des tests comparatifs plus poussés. Les médecins doivent aussi être formés à voir ces campagnes marketing d’un œil plus critique, car elles peuvent aller à l’encontre de la santé publique.

N’oubliez pas ce soir le rendez-vous Web&Sciences aux Colonnes. Et en attendant, vous pouvez lire cet état des lieux de la recherche française.

Publicités

One Response to Quels médicaments essaie-t-on de nous vendre?

  1. H says:

    Je n’ai pas accès à cette revue, aurais-tu l’infinie gentillesse de m’envoyer le pdf de cet article ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :