Au bout du tunnel.

Pour rester dans la thématique de l’au-delà , voici un article écrit à l’origine fin 2009 pour le défunt magazine « Fractures ».

Popularisé par le cinéma et la télévision, l’image que nous avons de notre dernier souffle est presque un fait acquis pour la majorité des gens. En raison de la forte charge émotive de tous les sujets liés à la mort, de nombreuses croyances gravitent autour de celle-ci. Cela n’a pas empêché quelques scientifiques de se pencher sur le sujet, pour nous livrer un point de vue original.
Quand on évoque la mort, une image s’est imposée depuis quelques décennies dans l’imaginaire collectif : celle du passage dans un tunnel, vers une lumière, où l’on serait accueilli par la voix de proches, voire par la divinité auprès de laquelle on a investi son capital croyance. Cette vision des choses a été popularisée par un livre de Raymond Moody, sorti en 1975 aux Etats-Unis, intitulé ”La vie après la Vie” (Life after Life), et marquera profondément la culture, inspirant des œuvres plus ou moins heureuses, comme ”l’Expérience Interdite” (Flatliners) qui verra Julia Roberts, Kevin Bacon et William Baldwin suivre Kiefer Sutherland dans son exploration de la mort, ou le plus dispensable roman ”Les Thanatonautes” de Bernard Werber.
Raymond Moody, dans son livre pionnier, se base sur divers témoignages pour décrire ce qu’il appellera les N.D.E.- Near Death Experience-, que l’on traduit dans la langue des Curie par E.M.I.- Expériences de Mort Imminente-, qui se produit au moment de la mort. Ces témoignages viennent généralement de patients ayant subi des arrêts cardiaques, allant parfois jusqu’à la déclaration d’une mort cérébrale.
A partir de ces témoignages, le médecin a pu trouver les points communs, et je suis donc en mesure de vous dire ce que vous ressentirez probablement peu avant votre mort (dont la date sera donnée dans un prochain article, évidemment). La première impression décrite est celle d’un tunnel, une spirale dans laquelle vous vous sentirez aspirés. Attirés par cette spirale, flottant littéralement, vous sortirez ensuite de votre corps (c’est la phase de décorporation), pour observer celui-ci et le reste des alentours. Après une telle expérience, certains ont pu décrire cet environnement, indiquant la couleur des vêtements du chirurgien ou les opérations qu’ils menait sur leur propre corps. Puis viendront ensuite de surprenantes rencontres : d’abord des proches, parfois ce que quelques uns appelleront des ”âmes en peine”, puis un ”être de lumière”, amical et apaisant. La rencontre de cet être fait resurgir notre vie passée, souvent à travers un dialogue, ce qui vous invitera à la passer en
revue (le fameux ”j’ai vu toute ma vie défiler devant mes yeux”). Enfin viendra le temps de passer la frontière vers l’au-delà. Dans les témoignages analysés par le Dr Moody, la description s’arrête là, les patients n’ayant pas franchi cette frontière. Je ne pourrai donc pas vous dire davantage à quoi ressemble le Paradis, l’Enfer, ou quoique ce soit d’autre auquel vous vous sentez destiné.
Ce déroulement est issu de témoignages humains, de personnes fortement secouées qui plus est, et il nous faudra donc le prendre avec des pincettes. Nous n’avons à ce jour aucun moyen de mesure plus objectif, si tant est qu’il en existe. Cette description semble toutefois faire consensus dans la communauté médicale, nous allons donc nous baser sur cette vision pour tenter de comprendre ce qui se cache derrière ce ”voyage”.
Ce qui fait moins consensus, ce sont les mécanismes qui causent ce ”voyage”, où les impressions que l’on en a, et l’interprétation que l’on peut en faire. Comme l’indique subtilement le titre de l’ouvrage du Dr Moody, celui-ci en fait une interprétation spiritualiste : il s’agirait là d’une preuve, de LA preuve de l’existence d’une vie après la mort. Une fois la frontière vers un ”autre monde”, un ”au-delà”, passée, le mourant recommence alors une autre vie, auprès de ses proches. Cette interprétation a le mérite d’être rassurante ( et une étude a montré que les gens ayant vécu une E.M.I. ont moins d’appréhension face à la mort) : la mort n’est plus une fin, mais un nouveau départ, et les proches disparus ne le sont que temporairement. La plupart des religions proposent d’ailleurs une vision de ce genre : là ou le bât blesse, c’est que les patients ont pu décrire des expériences en rapport avec toutes ces religions (chacun voyant ce en quoi il croit). Si l’on considère qu’il y a au mieux une de ces religions qui a raison, on comprend alors que l’expérience est fabriquée dans l’esprit du patient.
Souvent enclins à marcher sur des plates-bandes spirituelles, des scientifiques se sont alors emparés du sujet, pour chercher une version plus prosaïque des choses. Une première hypothèse a été avancée assez tôt, en 1975, par le psychologue Stanislav Grof. Elle part d’un constat simple : l’impression de flotter, le tunnel, puis une lumière nouvelle et très vive, ça ne vous rappelle rien ? L’hypothèse de Grof est donc que le traumatisme de la mort ferait revivre un autre traumatisme, celui de la naissance. Une hypothèse élégante, mais qui semble aussi efficace qu’un bunker en balsa : aucune preuve n’a été à ce jour faite de mémoire infantile aussi poussée. De plus, l’utérus ressemble fort peu à un tunnel, surtout que la tête du nouveau-né est généralement vers le bas et que ses yeux sont fermés. Un dernier fait semble sonner le glas de cette belle théorie : parmi ceux qui ont vécu des E.M.I., certains sont nés par césarienne. Ajouter que les méthodes de recollection de la mémoire utilisées par le docteur impliquaient la prise de LSD serait sans doute tirer sur une ambulance.
Cependant, depuis la fin des années 70, les connaissances sur le fonctionnement de notre cerveau ont progressé bien plus vite que la carrière d’Henri de Raincourt. Nous savons que certaines substances, comme les kétamines, peuvent provoquer des sensations de décorporation. Des chercheurs parisiens ont même montré que cette impression de sortie du corps physique peut être produite en stimulant une partie précise du cerveau. Autrement dit, le début du ”voyage” peut très bien être produit par notre esprit lui-même, secoué par une expérience un brin stressante, pas besoin d’invoquer une âme quelconque(Note du futur : je n’ai pas réussi à retrouver la référence exacte -elle est dans un livre dans un carton-, mais vous pouvez regarder ici et ). Nous connaissons également de nombreuses drogues qui induisent des hallucinations auditives et visuelles : cela signifie qu’il existe des circuits de notre cerveau capable de les produire. On peut alors assez bien imaginer que ceux-ci, agissant de concert avec d’autres circuits comme ceux empruntés par la MDA (méthyl-dioxyamphétamine), responsables de la résurgence de souvenirs lointains, peuvent très bien expliquer le retour des proches, et le film de notre vie… Enfin, lorsque le cerveau est privé d’oxygène, on sait que les neurones se dérèglent, le rythme de leurs informations devenant anarchique. En tentant vainement d’interpréter les signaux confus provenant du cortex visuel, on peut obtenir l’impression de spirale, ou de tunnel.
Les connaissances scientifiques nous permettent d’éclairer sous une lumière nouvelle des phénomènes perçus comme paranormaux, en raison de leur lien  étroit avec la mort. Toutefois, il ne lui appartient pas de trancher sur la question de la vie après la mort, qui est avant tout une question de croyance. Tout ce qu’elle nous dit, c’est que pour trouver des signes de cette ”autre vie”, ceux qui y croient devront chercher ailleurs.

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