« Je m’en souviendrai toute ma vie, certain! »

Bon, d’accord, il est possible qu’un bon nombre de soirées trop alcoolisées m’aient fait dire à tord « bien sur, je me souviendrai de tout » plus de fois qu’à mon tour. Cela étant dit, être capable de porter un jugement objectif sur sa propre mémoire, et pire encore, de dire si un moment que l’on est en train de vivre y restera gravé, ça n’a rien d’évident. Pour un exemple plus marquant, repensez aux plus ou moins intenses séances de révision, et surtout, aux moments de stress lorsque vous vous êtes trouvés incapables de répondre sur un sujet que vous pensiez pourtant connaître. En bref, regardons ce que l’expérience peut nous dire sur notre jugement et notre mémoire.

C’est dans la revue Psychological Science et grâce à des chercheurs de plusieurs université (dont UCLA ou la Colorado State University) que l’on peut lire le compte-rendu d’expériences ayant trait à une auto-évaluation des performances d’apprentissage. Trois expériences sont ainsi proposées, et les deux premières sont fort proches. Il s’agit en effet de montrer une série de mots à retenir, écrits en grand ou en plus petit, et de demander au sujet de prédire sa performance, la façon dont il va se souvenir des mots. Chaque mot sera montré une fois ou deux (dans l’expérience 1) et une fois ou quatre (expérience 2). Les chercheurs veulent mesurer l’impact des deux variables (nombre de fois où l’on a montré le mot, et taille de la police). Et comme ils s’y attendaient, les effets ne sont pas les mêmes sur la prédiction de la performance, et sur la performance elle-même. Ainsi, beaucoup de sujets pensent qu’une police plus grande les aidera mieux à se souvenir d’un mot (puisqu’on a moins d’efforts à faire pour le déchiffrer), et cela n’est pas vrai dans les faits. En revanche, il semblerait que nous sous-estimions l’impact du nombre d’apprentissages sur la mémoire. En clair, même si ça ne vous semble servir à rien, n’hésitez pas à relire votre cours une fois de plus.

Dans une troisième expérience, ce sont les croyances que l’on va juger. Pour cela, on présente le protocole de l’expérience précédente, et on demande aux sujets d’estimer l’influence d’un paramètre. Ainsi, on leur dira « Si je suis capable de retenir 40 % des mots en police petite, quel pourcentage de mots écrits en grand retiendrais-je ? ». Là encore, la taille de la police est associée dans l’esprit des gens à un apprentissage plus facile (à tort, donc). Mais ils furent bien plus sensibles au nombre d’apprentissages.

Pour expliquer cela, les psychologues invoquent deux effets. Tout d’abord, nous sommes enclins à penser que si quelque chose est simple à assimiler, alors nous nous en souviendrons longtemps (d’où les erreurs sur l’importance de la taille de la police). En l’occurrence, on se souviendra plus facilement de quelque chose dont on a compris le sens que d’une règle d’apparence simple mais mal comprise. Ceci semble militer pour un apprentissage « intelligent » des cours (dans le sens où il faut chercher à se les approprier, à les comprendre plus qu’à les apprendre). Ensuite, il y a un effet que l’on pourrait appeler « biais de stabilité » : nous avons tendance à estimer que notre mémoire sera dans le futur comme elle l’est au moment présent, en passant outre les différentes sélections qui s’opèrent avec le temps (il nous paraissait impossible à l’époque d’oublier Larusso, et pourtant…). Il faut s’en souvenir, et étudier un peu plus que ce qu’il nous paraît nécessaire.

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