Mes chaussettes ? En laine de rhino du Tibet.

Image du Muséum national d'Histoire du comté de Los Angeles.

La théorie de l’évolution, si elle fait encore débat parmi les spécialistes (l’influence de la coévolution est difficile à quantifier, par exemple, tout comme la question du bien fondé de l’évolution de Bulbizarre en Herbizarre reste ouverte), est généralement admise dans ses grandes lignes (en France, en tout cas, laissons le cas des USA ou de la Turquie de côté). Toutefois, les échelles de temps impliquées font qu’il est parfois difficile de l’appréhender, même si les cours de lycée (ou mieux, une visite à la grande galerie de l’évolution) nous fournissent des exemples. Ceux qui ont poussé leurs études jusqu’à un bac S se souviendront de la phalène du bouleau et ses changements de couleur au gré de l’industrialisation mancunienne, ou de l’évolution du cheval, et on se souvient, pour faire court, que les animaux changent au gré des modifications de leur biotope (soit parce que leur environnement change, soit parce que les animaux migrent vers un milieu nouveau).

Parfois, ces modifications de l’environnement peuvent être drastiques et provoquer des changements majeurs. Ainsi, le Pléistocène a vu d’intenses périodes glaciaires, et donc les animaux, mammifères en tête, se sont adaptés de différentes manière : ils ont gagné en taille, pour réduire leur rapport entre volume et surface de contact (par où se font les pertes thermiques), mais aussi en se laissant pousser les poils (le mammouth, cousin de notre moderne éléphant, en est un bon exemple) ou en développant un corps adapté aux déplacements et à la recherche de nourriture dans la neige.

Mais il semblerait que certains avaient un coup d’avance. C’est en tout cas ce que l’on découvre à la lecture d’un article de la revue Science qui relate les implications d’une campagne de fouilles menées au Tibet. Le Tibet, comme l’Arctique et l’Antarctique, du fait de la difficulté pratique que posent les conditions climatiques, sont encore peu soumises aux fouilles paléontologiques, il peut donc y rester d’étonnantes découvertes encore enfouies. Et les chercheurs américains et chinois peuvent ainsi exhiber, au Page Museum de Los Angeles (étonnant puisque l’on y trouve, à deux pas de Beverly Hills -bon d’accord, deux pas à l’échelle de la ville- des lacs de bitume naturel remplis de fossiles) un crâne de rhinocéros laineux. Ce qui étonne, c’est que le rhino est daté de 3,6 millions d’années, ce qui correspond au milieu du Pliocène (avant le Pléistocène donc, et les rhinocéros laineux que l’on connaissait auparavant). En plus, on voit clairement la présence de deux cornes faciales, relativement plates et donc très utiles, en plus de leur potentiels dommages à des congénères ou d’autres animaux, pour déblayer la neige afin de trouver les végétaux enfouis en dessous.

Cette découverte permet de clarifier l’émergence de la mégafaune du Pliocène : rhinocéros laineux, et peut être mammouths, se sont lentement acclimatés à un temps froid sur les hauts-plateaux tibétains. Quand un million d’années plus tard le temps s’est rafraîchi un peu partout dans le monde, les grosses bêtes ont pu descendre de leurs montagnes pour aller jusqu’en Espagne. Et puis, il reste une bonne partie du Tibet à explorer : qui sait si nous ne trouverons pas d’autres géants (ou Capitaine Caverne et Hibernatus).

Petit ralentissement.

Je voulai juste passer un petit mot pour m’excuser du ralentissement dans la publication d’articles, mais les déménagements successifs font que mon accès au net est fortement perturbé (j’ai l’impression d’écrire pour Bison Futé avec tous ces euphémismes). Ca ira mieux d’ici une semaine ou deux, mais en attendant, n’hésitez pas à vous abreuver au C@fé des Sciences.

Le lièvre et la tortue.

Dans la série des articles courts de cette semaine, je vous propose d’observer la migration des plus grandes tortues vivantes, les tortues luths. Et plus particulièrement celles vivant dans l’Atlantique, et qui se retrouvent au Gabon pour se reproduire. À l’aide de satellites, des spécialistes ont pu suivre le trajet de 25 femelles, qui peut aller jusqu’à 7500 km entre le lieu de reproduction et les environnements plus riches en nourriture et donc plus propices à la vie des tortues. Voilà les principales routes observées :

Le déplacement des tortues pour différentes années, 2006, 2008, 2009 et 2010.

Ces données permettent de se rendre compte que les tortues se rendent dans des zones de pêche intensive, ce qui constitue une menace pour une espèce déjà en train de disparaître du Pacifique.

Un rendez-vous le 18 janvier.

Le rythme de publication risque d’être un peu erratique la semaine prochaine, le temps pour moi de changer de continent et de revenir en France. Du coup, je peux vous donner rendez-vous au premier apéro web & sciences. Rassurez vous, il devrait y avoir plus intéressant que moi.

La rencontre aura lieu le mardi 18 janvier, au bistro Les Colonnes, près de la Bourse. Celle-ci est organisée par différents acteurs du web scientifique francophone :

-Tout d’abord, le c@fé des sciences, agrégateur  de blogs scientifiques adossé à une association visant à augmenter la visibilité de la vulgarisation. Allez y faire un tour, vous y trouverez des billets variés, traitant de sujets différents avec des approches originales.

-Le site Science & Démocratie.

OWNIScience, la partie scientifique du projet OWNI, un média en ligne né au lendemain de la création d’HADOPI.

-Le Pris(m)e de tête, une association passant l’actualité scientifique au crible des sciences sociales.

-Le réseau Knowtex, réseau social de la vulgarisation scientifique.

En espérant vous y croiser nombreux, histoire de parler larmes du vin et théorème de la pizza.

Le jutsu du Xenicibis.

Reconstitution de Xenocibis dans les Proceedings of the Royal Society B.

Pas besoin d’avoir vu Hitchcock pour savoir que certains oiseaux peuvent se montrer très agressifs. Il suffit de côtoyer des oies ou pire, des autruches, pour s’en rendre compte. Au point même que l’on a longtemps en France (et la glorieuse tradition se perpétue ailleurs dans le monde) parié sur des combats de coqs particulièrement sanglants (et difficile à imaginer entre leurs descendants modernes, les Mc Nuggets). Les fils du Père Dodu s’affrontent alors avec leurs ergots ou leur bec. Cependant, on a découvert un oiseau dont la technique de combat apparaît bien plus ingénieuse que celle des gallinacés.

Le maître d’armes se nomme Xenicibis, et ne peut malheureusement plus se rencontrer au détour d’un bucolique chemin de campagne, puisqu’il est désormais éteint. Ce membre de la famille des Ibis présente avec un cousin Hawaïen lui aussi éteint la particularité de ne pas pouvoir voler.  Ayant vécu en Jamaïque, son anatomie est singulière : Xenicibis a une cage thoracique et des ailes bien plus longues que les oiseaux coureurs, et un métacarpe gonflé et très résistant.

Au vu de son anatomie et de sa description (tirées de fossiles), des chercheurs de Yale et du Smithsonian proposent dans les Proceedings of the royal society B une explication de cette anatomie. D’après eux, l’oiseau se servait de ces appendices comme d’un fléau (ou une étoile du matin, comme disent les poètes et les rôlistes), en utilisant on inertie pour attaquer ses congénères et marquer ainsi son territoire : on sait en effet que les ibis sont très territoriaux, et que lors de disputes le ton peut monter jusqu’à des affrontements physiques. Certaines espèces de crevettes mantes ont des techniques de combat s’approchant de celle-ci.

On peut aussi penser que ces oiseaux utilisaient leurs métacarpes inhabituels comme des moyens de défense. En effet, les oiseaux ont vécu en Jamaïque, et les prédateurs pour un tel volatile (de la taille d’un gros poulet) ne manquent pas : on peut citer par exemple le boa, mais aussi un singe lui aussi disparu et plusieurs oiseaux de proie. Bien qu’elle soit originale, sa technique a semble-t-il trouvé ses limites.

Trois brèves.

Pour commencer la semaine, trois brèves:

-Les roux ne sont pas, comme le voudrait une certaine légende qui court dans les milieux médicaux, plus prompts au saignements et moins résistants à la douleur, d’après une nouvelle étude parue dans le British Medical Journal. En revanche, il semblerait que les roux, outre le fait que leurs femelles soient des sorcières, comme chacun le sait, semblent nécessiter des doses d’anesthésiants plus importantes, et avoir moins de tolérance au froid ou au chaud.

 

-Plutôt que de s’en remettre au luminol pour la détection de sang, des chercheurs ont trouvé une alternative. En effet, le révélateur de sang le plus utilisé est toxique, peut diluer le sang au point que les traces d’ADn sont inutilisables, et change la forme des tâches de sang. On peut donc préférer une caméra spécialement conçue qui prend des images en utilisant toute une variété de filtres et d’illuminations pour les repérer.

 

-Enfin, on a tendance à considérer les crocodiles comme des fossiles vivants. On peut au contraire se rendre compte de la diversité des espèces avec Simosuchus clarki (décrit pour la première fois en 2000) qui se révèle être herbivore, avec une gueule courte (un peu semblable à celle d’un castor) et une queue réduite.

Sergeï Bubka, Jean Galfione et les ptérosaures.

L'envol d'un ptérosaure vu par le docteur Witton

Au sein de la panoplie des grands reptiles qui peuplaient notre terre il y a quelques millions d’années, certains sont plus fascinants que d’autres. Certes, le Vélociraptor est monté en grade depuis Jurassic Park, et le T-Rex reste le monstre le plus terrifiant de l’histoire du cinéma depuis que Godzilla est passé de notre coté et qu’il a vaincu Mothra, la mite géante, mais il m’a toujours semblé que les ptérosaures avaient une place à part. En effet, pouvoir voler leur confère le pouvoir de la surprise, et la maîtrise des airs a toujours été un des regrets de l’homme. Mais ces grandes créatures ailées, n’étaient-elles pas finalement que d’anciennes autruches, maitrisant aussi bien le vol que l’étoile de mer maitrise le violoncelle?

Les docteurs Witton et Habib reviennent sur cette controverse dans PLoS ONE, en s’attaquant à la fois aux données dont on dispose et à la façon dont on les voit. En effet, le principal problème théorique que pose le vol des dinosaures, c’est le gigantisme des spécimens, certains estimant qu’ils étaient bien trop gros pour voler. Le problème, c’est que ces estimations sont faites sur la base de fossiles, et que l’on ne peut pas simplement peser les spécimens. Il faut alors estimer poids et tailles sur la base de modèles. Ainsi, les chercheurs estiment que plutôt que des individus de 6 mètres pour 12 mètres d’envergure, il faut plutôt penser à 5 mètres de haut pour 10 mètres d’envergure, ce qui réduit le poids du bestiau de moitié. Ça n’en reste pas moins un beau bébé : imaginez une girafe ailée qui vient vous picorer dans la main, ou nicher sous votre charpente. Les tests de Witton et Habib ont aussi pu estimer la résistance des os et la force de propulsion que leurs ailes pouvaient atteindre, ce qui leur permet d’affirmer que ces doux animaux étaient bien capables de voler.

Mais pouvoir voler et planer est une chose ; encore faut-il pouvoir décoller. Là encore, l’étude publiée permet de répondre à la question, en montrant les limites de certains raisonnement. En effet, quoi de plus naturel que d’aller observer les descendants de ces dinosaures, les oiseaux, et de les regarder prendre leur envol. Si les plus petits sont capables de se soulever d’un battement d’ailes, leur congénères un peu plus gros doivent s’aider d’un bond et d’un bon élan  pour espérer jouer la fille de l’air. Mais voilà, pour les sauriens, impossible d’atteindre les vitesses requises, à part peut-être en se lançant dans une descente et avec un fort vent : en bref, nos dangereux volatiles ne seraient pas beaucoup plus utiles que des parapentes.

Mais voilà, à trop vouloir prendre nos ptérodactyles pour des buses, on en oublie qu’ils ont quelques différences avec leurs descendants. En effet, leur aspect physique est assez différent, et leurs proportions ne sont pas les mêmes. Contrairement aux oiseaux, les ailes des anciens reptiles sont plus lourdes et puissantes au fur et à mesure qu’elles grandissent. Un scenario inédit a donc été proposé : les ptérosaures faisaient une sorte de saut à la perche. Ils utilisaient leurs quatre membres pour se propulser vers le haut, ce qui leur permettait de faire décoller un poids beaucoup plus important. Cela expliquerait au passage pourquoi les dinosaures volants sont bien plus gros que les oiseaux actuels. Cela montre bien qu’il faut se méfier des analogies qui coulent parfois de source…

En bonus, la vidéo réalisée par les chercheurs: