De l’argumentation par ignorance.

Après avoir vu le dernier Clint Eastwood, et une discussion qui n’avait pas grand chose à voir si ce n’est un lien vague avec le paranormal, j’avais envie de parler d’une façon d’argumenter : l’argument par ignorance. En gros, il s’agit de dire que puisque l’on n’est pas capable de donner une explication « scientifique », l’explication est forcément paranormale. Ainsi, si une table se met à léviter sans action mécanique apparente, il s’agira de l’action d’un esprit (surement un ancien déménageur). Bien entendu, ces explications ne viennent généralement pas d’une démarche scientifique (notamment parce qu’elle ne sont pas falsifiable, c’est à dire qu’on ne peut pas concevoir une expérience pour montrer qu’elles sont fausses) : on peut tout à fait proposer avec autant de preuves et de moyens de vérifier son hypothèse que la table bouge par la volonté pure d’un humain, ou à cause d’une idée étrange qui passait par la tête du monstre de spaghetti volant.

Il s’agit là d’opérer un glissement subtil entre l’inexpliqué et l’inexplicable. L’inexpliqué ne pose pas vraiment de problème à un scientifique (si ce n’est de lui donner envie de proposer une explication), et il n’y a je pense aucune honte à ne pas connaître la réponse à un problème. En revanche, c’est faire preuve d’une incroyable prétention à supposer que si l’on n’est pas capable de donner une explication rationnelle, c’est qu’elle n’existe pas. Simplement, parfois, la solution n’est pas évidente pour un public non-averti (et cela inclue beaucoup d’experts de toutes sortes).

Pour voir comment ce type d’argumentation peut être employé et être presque convainquant, je vais raconter une petite histoire. Cette histoire se déroule dans la petite bourgade de Vailhauquès, au cœur du Languedoc. Nous sommes en novembre 1987, et la commune est soudain parcourue par la rumeur : un poltergeist a débarqué. L’esprit se manifeste par des coups sourds et répétés dans les murs d’une maison. La maréchaussée ne trouvant rien, et la commune n’étant pas à portée d’Ecto-1, c’est le para-psychologue Yves Lignon qui va venir à la rescousse des habitants un peu déstabilisés. Justement, le pseudo-professeur (sa page Wikipedia vous permettra d’en apprendre plus sur l’usurpation de titre du personnage) va conclure à une origine psychologique, l’esprit du propriétaire causant les bruits sourds (de la télékinéquelquechose). Suite à un « exorcisme scientifique », Lignon prétendra faire cesser les bruits (c’est la version qu’il défend dans des ouvrages suivants, au moins jusqu’en 1994).

Bien entendu, les coups n’ont en fait jamais cessé. Comment faire cesser le phénomène inexplicable? Simplement en l’expliquant : un ex-journaliste scientifique, avec l’aide d’un géologue, montrera que ces bruits proviennent en fait de « coups de bêlier » d’une rivière souterraines contre ses parois. Explication parfaitement rationnelle, donc, mais qui ne tombe pas vraiment sous le sens. Il est alors plus facile de faire intervenir des fantômes ou la puissance de l’esprit lorsque l’on n’a pas la solution, plutôt que d’accepter de ne pas être omniscient.

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Du conflit d’intérêt (ou « votre chèque, je l’attends toujours »).

Hippocrate refusant les conflits d'intérêts.

Vous pouvez sans doute le subodorer aux sujets évoqués de temps à autre sur ce blog, mais il m’est arrivé régulièrement d’exposer ma façon de penser sur les théories « alternatives » un peu partout sur la toile. Il est fort heureusement des endroits où l’on peut « discuter » de façon calme et sereine, ou en tout cas échanger des arguments. Mais bien plus souvent, c’est un tombereau d’insultes qui vous tombe dessus. Et parmi ces insultes, il y en a plusieurs récurrentes. Souvent, par exemple, je suis comparé à un ovidé incapable de remettre en question la « science officielle ». Il n’y a je pense pas grand chose à ajouter dans ces cas là. Une autre réponse qui revient, et que je trouve plus intéressante, est l’assertion que je suis payé (quand on me fait crédit d’un peu de capacité intellectuelle, sinon on fait de moi un idiot utile) par une industrie qui a intérêt à cacher des choses aux citoyens.

Que les choses soient bien claires : je ne suis payé par personne pour exprimer des idées sur Internet, et quand bien même ma vie professionnelle pourrait s’orienter vers une carrière au sein d’un grand groupe, j’espère avoir l’éthique suffisante pour éviter les interférences. Bien sur, je vous demande là de me croire sur parole, mais, au final, que vous le fassiez ou non ne devrait pas trop affecter le reste du message.

Ce genre de pensée (que certains puissent être payés par de puissantes firmes pour insinuer de contre-vérités) peut parfois malheureusement se trouver vrai, y compris dans le petit microcosme des blogs scientifiques comme l’a montré le scandale du Pepsigate (ou un blog promotionnel s’est retrouvé mêlé à d’autres blogs indépendants sur la plate-forme Scienceblogs). Mais il est naïf de penser la société sur un mode binaire, où des grands groupes industriels chercheraient à pourrir les esprits pour maximiser leurs profits tandis que de courageux hérauts d’un mode de vie plus sain sacrifieraient leurs temps pour la défense du bien commun. En réalité, le conflit d’intérêt est bien des deux côtés de la barrière. Certes, il ne s’agit pas de minimiser la nuisance de certains lobbys industriels (j’ai pu pâtir en un an à Los Angeles des méfaits du lobby automobile sur la vie quotidienne d’une population quasiment privée de transports en commun). Mais de voir que beaucoup plus de gens que l’on croit disposent d’un capital, ou espèrent des profits suffisants, pour faire passer leur message de façon détournée et parfois néfaste. Trois exemples me viennent…

A tout seigneur, tout honneur : Andrew Wakefield a fait l’objet de quelques articles ici-même, et est encore au centre de l’actualité « scientifique ». Le British Medical Journal vient en effet de publier une enquête du journaliste Brian Deer, qui revient sur l’article qui a rendu célèbre le Dr Wakefield. Ce dernier, paru dans The Lancet, montrait un lien entre le vaccin RRO et l’apparition d’autisme. L’article a depuis, chose rarissime, été retiré du Lancet (en règle générale, on se contente de rectificatif). Brian Deer montre ainsi qu’en plus d’une éthique douteuse (c’est cette question précise qui a causé le retrait de l’article), les résultats ont tout simplement été fabriqués (l’apparition de troubles des mois plus tard devenant comptabilisés comme « moins d’un jour après » l’inoculation du vaccin). Bien entendu, le monde des anti-vaccination est secoué, mais est déjà en ordre de bataille pour soutenir son porte-étendard. Et ça ne rate pas : dans une interview à CNN, Wakefield qualifie Deer d' »homme de main des intérêts pharmaceutiques », bien entendu sans preuves. Mais voilà, la situation n’est pas si blanche : le bon docteur avait, peu avant de publier son article tant décrié, déposé des brevets sur un vaccin RRO alternatif. Et bien sur, quoi de mieux que de descendre la concurrence, quitte à mentir un peu?

Un autre groupe à être victime du lobbyisme actif des « big pharma », si l’on en croie ce qu’ils disent, est celui des homéopathes. Ils s’inscrivent dans le mouvement des « médecines alternatives », qui s’oppose pour eux à l’allopathie, et prônent l’abandon des médicaments conventionnels au profit de substances actives extrêmement diluées, choisies sur des principes plus ou moins ésotériques. Le grand problème de cette communauté est simple : sans même se pencher sur le mécanisme proposé, il n’existe aucune preuve sérieuse de son efficacité. Alors bien sur, la restriction « sérieuse » peut m’être reprochée, mais j’entends par là une preuve obtenue dans des conditions usuelles pour n’importe quel médicament. L’argument vient alors de suite : les revues scientifiques sont aux ordres des compagnies pharmaceutiques, et l’homéopathie resterait une pratique « artisanale », loin d’avoir les capacités de financer de telles recherches. À y regarder de plus près, une société comme Boiron, affiche d’après ses propres données un chiffre d’affaire de plus de 220 millions d’euros en 2009. Il est dans leur intérêt, et dans l’intérêt des homéopathes (qui vivent donc de la pratique de l’homéopathie), de ne pas financer d’études : leurs produits se vendent, leurs clients peuvent continuer à penser profiter d’une cure miraculeuse maintenue dans l’ombre par les gros groupes pharmaceutiques. Ils peuvent donc gagner de l’argent sans se soucier le moins du monde de l’efficacité de ce qu’ils préconisent.

Enfin, sortons du monde médical pour nous intéresser à une autre controverse, celle sur les OGMs. Quand on prononce ce mot honni en France, on pense tout de suite à Monsanto et à toutes les horreurs de type Agent Orange. Bien entendu, il ne s’agit pas de dire que la firme américaine est vertueuse, elle a du commettre son lot d’ignominies comme toutes les entreprises de cette taille. L’actualité franco-française des OGMs met elle encore une fois les deux mondes, en la personne de Gilles-Éric Séralini, président du conseil scientifique du CRIIGEN, et de Marc Fellous, président de l’association Française des Biotechnologies Végétales. Ce dernier vient d’être condamné pour diffamation, pour avoir douté de l’indépendance des recherches du premier en raison de ses liens avec Greenpeace. Et là encore, les problèmes de conflits d’intérêts sont agités dans tous les sens. Le Dr Séralini affirmait en effet, sans fournir de preuves, en avril 2007 aux caméras d’Envoyé Spécial : « On a tous été approchés par des cabinets privés qui nous proposent quelques milliers d’euros de l’heure, voire plus, selon la responsabilité que vous avez, pour […] être favorable aux biotechnologies. » Le propos est clair : les scientifiques sont corrompus, seuls un petit nombre (ceux opposés aux OGMs) disent la vérité.  Le CRIIGEN se veut lui « indépendant et apolitique ». Bien entendu, son caractère apolitique est surement corroboré par l’ancienne coïncidence de ses bureaux avec le parti Cap 21. Il est également intéressant de noter qu’il est financé par plusieurs acteurs de la grande distribution, comme Carrefour qui a lancé son étiquetage « élevé sans OGM », mais aussi par des entreprises issues du mouvement « biologique » comme « Le jardin Bio ». Rien ne permet de dire que cela influence les recherches du CRIIGEN (qui n’ont pour le moment pas fait grand bruit dans les pages des revues scientifiques), tout comme aucune preuve de fraudes de la part de Monsanto ou autre partisan des OGMs n’a été découverte pour le moment (à ma connaissance).

Ma conclusion pourrait être résumée assez simplement : méfiez vous de tout le monde. Ce n’est pas parce que quelqu’un s’oppose aux grands empires financiers qu’ils n’ont pas intérêt à le faire. Le mieux, c’est encore de faire marcher son esprit critique, et de laisser de côté les arguments ad hominem pour ne s’intéresser qu’à la logique et aux arguments scientifiques.

Le petit monde de la publication scientifique.

Au fur et à mesure des billets, posts, articles, comme vous voudrez, vous avez pu vous rendre compte que la principale source d’informations scientifiques, ce sont les journaux scientifiques, tels que Nature, Science, Cell, Lancet ou Physical Review Letters pour les plus connus. Ces journaux servent à la fois de système d’information pour tous, et de « brevet » pour les scientifiques.

Une des façons d'évaluer la renommée d'un journal, par PHD Comics

En effet, dans un monde qui devient de plus en plus compétitif, pour évaluer la qualité d’un chercheur (lors d’un recrutement, pour l’attribution de bourses…), on regarde le nombre de publications sous son nom. Ces publications peuvent ensuite être pondérées suivant plusieurs méthodes (selon la qualité du journal, selon le nombre de foi où leurs articles sont cités…). De plus, les publications servent aussi à établir la paternité de certaines phénomènes: comme pour les brevets, on attribue la découverte au premier à publier un résultat.

Mais tout le monde ne peut pas publier n’importe quoi. Pour publier dans un journal, l’auteur envoie son article à un des éditeurs. Celui-ci le transmettra ensuite à plusieurs relecteurs, spécialistes du domaine, qui donneront alors leur avis sur l’article: les théories développées présentent elles des erreurs? Les expériences laissent elles à désirer? Le texte est il assez clair? C’est grâce à ces avis argumentés que l’éditeur décidera de publier ou non l’article.  Bien souvent, il ne s’agit pas d’un simple « oui » ou « non », et l’article sera amélioré grâce aux remarques et questions des relecteurs.

Peu de journaux se passent de ce processus, il s’agit là d’une question de crédibilité. On a ainsi appris qu’Elsevier, grande maison de publication scientifique, vient de demander aux éditeurs de Medical Hypotheses d’adopter cette méthode, au lieu de laisser libre choix aux éditeurs, sous peine d’abandon du titre. Cette demande fait suite au retrait de deux articles très controversés, dont un remettait en cause le VIH comme cause du SIDA.

Les nègres en blouse blanche

Ceux qui ont eu de nombreuses occasions d’argumenter autour de certains sujets connaissent l’argument phare de certains adeptes de la théorie du complot: s’ils ne peuvent pas donner de preuves de ce qu’ils avancent, c’est parce que les franc-maçons/illuminati/reptiliens empêchent la production de celles-ci. De même, toutes les preuves qui vont à l’encontre de leurs croyances sont marquées du sceau de l’infamie, comme directement issues de ces élites manipulatrices. Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, ce sont les tenants de différentes médecines alternatives qui expliquent que:

  • si il n’y a pas d’essais cliniques en double aveugle probants, c’est parce que les groupes pharmaceutiques les empêchent (en faisant pression sur les scientifiques/ les journaux scientifiques)
  • les  études montrant l’efficacité de la médecine scientifique (et donc des médicaments) sont fabriquées de toutes pièces par ces mêmes groupes.

American medical association, vision d'artiste.

L’affaire que nous révèle The Australian, entre autres, ne va pas contribuer à renouer les liens entre le public et l’industrie pharmaceutique. L’histoire commence en décembre 2008, quand le comité des finances du sénat américain enquête sur la possibilité que le géant du médicament Pfizer, via l’entreprise Wyeth, ait utilisé des scientifiques comme prête-noms pour des études faisant la promotion de leurs produits. Le procédé est simple: utiliser des nègres, en l’occurrence ceux de l’entreprise DesignWrite, pour écrire des publications montrant l’efficacité des produits de la firme, puis demander la signature d’un scientifique plus reconnu, comme le Dr Eden, directeur du Sidney Menopause Center.

Ce dernier explique que la firme lui a proposé le titre d’un article, et l’aide d’un rédacteur accompli pour l’écrire plus rapidement, bien que l’étude en question soit basée sur les travaux du Dr Eden et qu’il ait eu le dernier mot concernant l’aspect final de la publication. Il a cependant été furieux d’apprendre que cet article a en fait été passé au crible par le service marketing de Wyeth, et s’inscrivait dans une démarche commerciale, publicitaire de leur part,et non purement scientifique.

Soyons clairs: il ne s’agit en aucun cas de résultats truqués, ou d’affirmations fausses: le scientifique, ainsi que le sénat américain, considère que l’article représente fidèlement les travaux menés. Pas de fausses promesses, pas de mensonge. Mais il faut tout de même s’inquiéter de la possible manipulation de la science, et de la bonne foi de scientifiques, à des fins commerciales. La question de l’indépendance des chercheurs se trouve donc au cœur du débat: il ne faut pas certes stigmatiser les liens entre la recherche industrielle et la recherche académique, dont les deux partis tirent profit, mais il convient pour les scientifiques de rester sur leurs gardes pour ne pas devenir des hommes-sandwichs, disant certes la vérité, mais une vérité markétée à leur insu.

L’agriculture verte.

Une raison, parmi d’autres, d’être végétarien, ou même végétalien, est d’ordre écologique: produire de la viande demande bien plus de surface à cultiver (puisqu’il faut, en plus des pâtures, faire pousser la nourriture pour nourrir les bestiaux), et qui dit plus d’agriculture dit nécessairement plus de pollution. Mais est-ce vraiment si important?

Plusieurs chercheurs finnois (ou finnoise, jugez vous même à partir des prénoms: Helmi, Sirpa et Juha) viennent de publier dans  Progress in Industrial Ecology une étude sur l’impact des régimes alimentaires sur la production de gaz à effet de serre. D’après cette étude, qui confirme en partie ce que l’on savait déjà, 62% des gaz à effet de serre issus de l’activité agricole provient des sols cultivés, 24% venant du méthane rejeté par les bovins et les ovins, la consommation  d’énergie par les agriculteurs ainsi que la fabrication d’engrais contribuant pour 8% chacun. Avec l’agriculture dont on dispose à présent, si toute la population devenait strictement végétalienne, les émissions de gaz à effet de serre issues de l’agriculture pourraient être réduites de moitié à peu près. Toutefois, il convient de garder à l’esprit les émissions totales de gaz à effet de serre:

Image tirée de Wikipedia.

On s’aperçoit que l’agriculture n’est pas un si gros contributeur que cela en terme d’effet de serre. Avec des chiffres similaires, les auteurs de l’étude aboutissent à une réduction globale de l’ordre de 8% des émissions totales. Il faut toutefois mette en perspective ce gain par les changements énormes que nécessiterait une telle évolution au sein de la société. Les auteurs préconisent donc, plutôt qu’une révolution dans nos assiettes, de s’orienter vers une consommation plus responsable en mettant en avant des notions de développement durable (on pourrait penser à une réduction de la consommation de viande, par exemple, sans en préconiser l’arrêt définitif).

L’autre enseignement de cette étude concerne l’agriculture dite biologique. En effet, si l’Agence Française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) a publié un rapport, qui, avec certes peu de données disponibles, concluait que les produits issus de l’agriculture biologique n’étaient ni meilleurs au goût ni plus sains que les autres, l’argument écologique en faveur de cette agriculture peut être reconnu. Il se trouve que ce type d’agriculture, de par les restrictions qu’elle s’impose (sur le choix des engrais, puisque, contrairement à la croyance, les produits bios peuvent être produits à l’aide de certains engrais), a un rendement plus bas. Cela signifie une plus grande surface à cultiver, et donc plus d’émissions de gaz à effet de serre. Le côté écologique de cette agriculture est donc à relativiser, même si les bénéfices du côté de la pollution des sols et des nappes phréatiques doit être considéré.

Jefferson, pas assez bon pour le Texas.

Tout le monde a entendu parler des controverses américaines à propos de l’éducation, notamment du combat entre créationnistes et scientifiques. Pour rappeler les faits, de nombreux groupes conservateurs ont tenté de nombreuses approches pour que le créationnisme, ou son alter-ego pseudo-scientifique le dessein intelligent, soit enseigné dans les cours de science, comme une hypothèse alternative crédible à celle de l’évolution. Cette poussée a pris de nombreuse formes, depuis la demande (parfois couronnée de succès) de passer autant de temps sur les deux hypothèses, jusqu’au plus subtil « teach the controversy » (« enseignez la controverse »), injonction faite aux professeurs de science afin qu’ils abordent les défauts de la théorie de l’évolution, réels ou supposés. Un tournant décisif dans cette affaire surviendra, le « procès de Dover« , PA, aboutissant à l’interdiction de l’enseignement du dessein intelligent en cours de science, l’assimilant au religieux. On notera sur un ton plus léger que ces débats ont engendré l’émergence d’une nouvelle « religion », le pastafarisme, dont le leader demande à voir sa doctrine (le monde a été créé par un monstre volant de spaghetti) reconnue au même titre que le dessein intelligent.

Dans cette lutte, un état clé pour les plus obscurantistes est le Texas, pour deux raisons. Tout d’abord, l’état est très conservateur, et la droite religieuse y est fortement représentée, ce qui leur donne accès à de nombreux postes de décisions, et un poids important dans la Texas Education Agency. Cela a donné des membres aussi éminent que Don McLeroy, ancien président, qui déclarait au sujet des l’évolution « quelqu’un doit s’élever contre les experts ». Deuxièmement, parce qu’il s’agit du second client de manuels scolaires aux USA: les éditeurs ont alors naturellement intérêt à s’adapter aux standards de cet état pour leur production nationale, ce qui fait que les décisions prises au Texas déborderont dans les classes d’autres états.

Délaissant cette fois-ci le terrain scientifique, les conservateurs ont semble-t-il gagné une nouvelle bataille, cette fois sur dans le domaine historique. Certes, pour eux, il ne s’agit que de « rééquilibrer les choses », en raison d’un programme qu’ils trouvent trop « libéral » (au sens américain du terme). C’est ainsi que toutes les références aux Lumières (mouvement international, ne l’oublions pas, et non strictement français), et pire à Thomas Jefferson sont retirées. Les conservateurs ont donc évincé l’un des principaux pères fondateurs afin d’occulter ses idées, libertaires et proches de l’athéisme, sans oublier le fait qu’on lui doit en très grande partie la séparation de l’Eglise et de l’état en Amérique. La mention de la liberté de religion, de toutes les religions, a quant à elle été refusée.

On pourra noter également l’apparition au programme de Calvin, et surtout une étrange vision du Maccarthisme, présentant la chasse aux sorcières contre les communistes comme justifiée et injustement décriée. La révision a aussi entraîné l’ire d’une membre de la commission d’origine hispanique, Mary Hellen Berlanga, aucune personnalité hispanique n’étant mentionnée. Les Black Panthers font leur apparition, pour montrer que le mouvement des droits civiques ne doit pas être envisagé que sous l’aspect non-violent prôné par Martin Luther King Jr. Enfin, les programmes d’économie sont aussi touchés, afin de revaloriser la vision du capitalisme, trop négative d’après les conservateurs.

On peut voir la un bel exemple de gens qui se servent de leur pouvoir pour promouvoir une idéologie, sans aucune considération pour le bien commun. Certes, il s’agit des USA, mais la chose est possible en France si nous ne sommes pas vigilants: on se souvient de nombreuses tentatives de récupération politique des programmes scolaires, de la lettre de Guy Môquet à la polémique sur les bienfaits de la colonisation (pour ne pas remonter aux livres scolaires d’Alsace-Lorraine envahie). La vigilance reste de mise.

Avant de lire la suite.

Ce weblog est consacré à la science, aux pseudo-sciences et à l’esprit critique.

Loin de moi l’idée de me croire omniscient, d’autant que mes lecteurs sont intelligents. J’essaie au maximum de sourcer mes affirmations, afin que vous puissiez vous faire une opinion indépendante de la mienne. De plus, il est fort probable que je ne comprenne pas les détails de tous les articles cités, et que je commette donc des erreurs. Je tenterai de l’éviter au maximum de mes capacités, mais gardez un esprit critique, et n’hésitez pas à faire part de vos observations.