L’argent fait-il le bonheur?

Au détour d’un article sur le lien entre religion et sentiment de satisfaction, un blogueur évoquait le lien entre bonheur et revenus. En s’appuyant sur un article de PNAS, il expliquait sur son très bon blog Sciences Étonnantes que si l’argent contribuait à augmenter le bonheur mémoriel (celui qui correspond à la question « avez-vous eu une vie heureuse? »), passé un certain seuil (environ 75000 $/an), il n’influait plus sur le bonheur instantané (celui qui correspond à la question « êtes vous heureux? »). Tout cela est très bien expliqué dans l’article « l’argent ne fait pas le bonheur, mais lequel?« . On remarquera que les poncifs, eux, semblent faire le bonheur des rédacteurs en quête d’un titre.

Toutefois, si cette relation entre bonheur et revenu semble vraie si l’on prend un instantané d’une société donnée, comme les États-Unis des années 2000 dans l’exemple précédent, il faut aussi évoquer le paradoxe d’Easterlin. Ce paradoxe, énoncé par Easterlin pour la première fois en 1974, peut se résumer ainsi : on constate que lorsque le niveau de richesse d’un pays (principalement son P.I.B.) augmente, le niveau de bien-être ressenti par les individus n’augmente pas forcément.

Jusqu’ici, les études qui montraient ce paradoxe étaient limitées aux pays industrialisés. Mais vient de paraître dans PNAS une étude plus globale, portant notamment sur les pays d’Asie qui connaissent ou ont connu une forte croissance, et sur les pays de l’Est qui ont opéré la transition communisme/capitalisme, et sur une période de plus de vingt-cinq ans. On retrouve alors une confirmation du paradoxe, particulièrement visible sur certains pays : bien que le revenu par habitant ait plus que doublé en vingt ans en Chine ou au Chili, la satisfaction moyenne des habitants a légèrement baissé (baisse qui n’est pas statistiquement significative). Il en va de même pour les Sud-Coréens.

Une explication de ce paradoxe peut être avancée : ce qui compte, ce n’est pas au final la quantité absolue d’argent que l’on amasse, mais le statut social et la place dans la société que cet argent confère qui est important (ce qui serait cohérent avec l’augmentation de la satisfaction avec le niveau d’études). On peut également en tirer une conséquence politique : si l’on veut viser le bien-être du plus grand nombre, il vaut peut-être mieux ne pas se focaliser uniquement sur la croissance économique comme une fin en soi, mais comme un moyen pour améliorer l’éducation et la santé générale des habitants, qui semblent plus importants en ce qui concerne le bonheur.

Heureux comme Dieu en France.

Appartenir à une religion rend heureux. Au delà du cliché du croyant béat, cette affirmation a été explorée par plusieurs études (ici ou) qui ont trouvé un fond de vérité au lien entre croyance religieuse et autosatisfaction. La question en suspens, c’est l' »ingrédient secret », la facette (ou les facettes) de la pratique religieuse qui augmente la sensation de satisfaction. On pourrait penser par exemple que la spiritualité joue un grand rôle, dans un sentiment d’harmonie avec soi-même et avec le monde réconfortant. Ou encore imaginer que la présence d’un Dieu protecteur est rassurante. Ou que le bon goût de l’hostie illumine la fin de semaine.

Pour dénicher l’élément en question, on peut se pencher sur les données d’une grande étude nommée Faith Matters, et qui détaille le comportement de 5879 personnes principalement issues des trois grandes branches chrétiennes. C’est ce qu’on fait deux chercheurs de l’université d’Harvard, qui livrent leur pensée sur les liens entre religion et satisfaction dans la revue American Sociological Review. Leur approche consiste à appréhender la pratique religieuse comme la source d’un réseau social, duquel va découler un certain réconfort.

Ainsi, on se rend compte que si 33% des gens qui vont à l’église toutes les semaines et qui ont entre trois et cinq amis proches qui partagent la même foi se disent extrêmement satisfaits de leur vie, ce pourcentage chute à 19% quand les dévots n’ont de lien avec aucun autre adepte de leur culte (ce qui les met au même niveau que ceux qui ne vont jamais à l’église). En revanche, ceux qui ont des amis dans la même communauté religieuse mais ne se rendent au culte que quelque fois par an sont 23% à afficher ce niveau de satisfaction.

Le point déterminant semble donc être le lien qui rattache les membres de la congrégation : les chercheurs expliquent en effet que c’est par ce biais que la religion peut accomplir un de ces buts, c’est à dire bâtir une communauté sur un socle moral commun (ce que les chrétiens nomment Église, les musulmans Oumma). La réalité de cette communauté n’est tangible pour un croyant que s’il noue des liens avec d’autres croyants, ce qui le conforte alors dans un sentiment d’appartenance. C’est ce sentiment d’appartenance qui donnerait satisfaction, et que l’on pourrait rapprocher d’autres communautés, par exemple sportives : à partir d’un moment, le sport ne devient plus qu’une excuse pour voir des amis.

En attendant le week-end…

Bientôt le week-end, et surtout, bientôt les vacances… Alors, pour patienter un peu, si l’on se demandait un peu quel est l’effet de ces vacances sur notre état d’esprit? Et sur notre état d’esprit au retour, une fois que le quotidien a repris ses droits?

Ce sont, entre autres, les questions auxquelles tente de répondre Jeroen Nawijn (ah, la joie des consonnances bataves) de l’Erasmus University de Rotterdam dans un article à paraître dans la revue Applied Research in Quality of Life. L’article se focalise sur les effets des vacances sur le bonheur des vacanciers, et sur l’effet du voyage (rappelons le, vacances ne rime pas forcément avec voyage, surtout dans la langue française). L’étude a donc porté sur 1500 Bas-Paysans, dont 934 sont partis en vacances pendant la durée des recherches.

C’est sans grand étonnement que l’on apprend que ceux qui se préparent à partir en vacances sont plus heureux que ceux qui n’en prennent pas, sans doute par anticipation. En revanche, il n’y a pas d’effet notable sur ceux qui reviennent d’un voyage, sauf si celui-ci s’est montré particulièrement relaxant. Et dans ce cas, les effets sont particulièrement visibles les deux premières semaines suivant le retour, et totalement indécelable après huit semaines.

Pour le chercheur, l’effet des voyages s’explique par l’habitude de revenir au travail dès la fin du voyage, et se replonger dans la routine de façon assez abrupte. C’est cette transition brutale qui perpétue l’éventuel stress lié au voyage par celui du quotidien.

L’auteur tire donc plusieurs conclusions. Tout d’abord, il conviendrait que les agences de tourisme proposent des voyages les plus relaxants possibles, les moins stressants, ou que les travailleurs pensent à cet aspect de leur voyage en le préparant. Comme l’effet s’estompe assez vite, deux périodes de vacances un peu plus courtes sont plus profitables pour le bonheur du prolétaire travailleur qu’une seule de plus longue durée. Mais cela suppose aussi que le système scolaire, dont sont dépendants beaucoup de parents, soit plus flexible.