Au coeur du chocolat.

On ne va pas refaire toute l’histoire du chocolat, arrivé en Espagne en provenance du Nouveau Monde peu après la découverte des Amériques. Depuis, il a gagné le cœur du monde entier, et est distribué à grande échelle. Pourtant, la production de cacao, l’ingrédient principal de l’autre or noir, reste l’apanage de petits producteurs issus de pays en voie de développement. Et ceux-ci sont pauvres : la plupart ne gagnent que deux dollars par jour. En revanche, on note une disparité suivant le type de cacao cultivé. En effet, si 90% de la production est faite de la variété forastero, la plus rustique et la plus résistante, ceux qui cultivent le criollo, la variété la plus rare et la plus appréciée des connaisseurs (et donc la plus chère), s’en tirent bien mieux. Mais cette variété est très fragile.

Pour essayer d’améliorer cette production, et donc la vie des paysans en même temps que la qualité des chocolats disponibles pour le grand public, l’Université de Penn State et le CIRAD ont séquencé le génome de le criollo, et dévoilent leurs résultats dans Nature Genetics. Ils ont ainsi découvert 28 798 gènes codant pour des protéines, qui sont impliquées dans différents processus de la vie du cacaoyer. Et deux de ces processus sont particulièrement importants pour l’agronomie.

Tout d’abord, les chercheurs ont identifiés 84 gènes qui peuvent modifier le beurre de cacao, non seulement en quantité, mais aussi en qualité. D’autres gènes codent eux la production de flavonoïdes, d’anti-oxydants naturels, de terpénoïde, d’arômes et de pigments, qui vont jouer sur le goût du chocolat, voire ses bienfaits pour la santé. Ensuite, les généticiens ont identifié des séquences du code génétique permettant la résistance à certaines maladies.

Que faire avec ce génome, ou en tout cas la majeure partie dont on dispose (84% ont été publié)? Ces trouvailles vont permettre de faire des croisements plus sélectifs, en ciblant mieux les gènes que l’on veut conserver, pour améliorer à la fois la quantité et la qualité du produit fini. On peut alors espérer une amélioration de la production de chocolat pour le producteur, pour le consommateur et pour l’environnement.

Pour ceux intéressés, le génome est accessible ici.

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Pas de bras…

Après avoir parlé bière et cigarettes, pourquoi ne pas finir la semaine par une autre addiction, un peu plus douce, qui fait l’actualité scientifique: raté, il ne s’agit toujours pas de l’iPad, mais de chocolat. Deux études reviennent en effet cette semaine sur les conséquences de la consommation de cacao.

On ne joue pas avec la nourriture?

La première concerne le cœur. Une chercheuse de la McMaster University à Hamilton au Canada a conduit une étude dont les résultats seront annoncés en détail au 62e congrès annuel de l’American Academy of Neurology. Les cobayes (de vrais humains, ne confondons pas) qui ont mangé du chocolat une fois par semaine ont 22% de chances en moins d’avoir une attaque que ceux qui n’en mangent pas. Le pourcentage monte même à 46% pour ceux qui mangent 50g de choolat une fois par semaine. La chercheuse en question émet toutefois des reserves quant aux conclusions à en tirer: est-ce que le chocolat améliore la santé, ou est-ce que les gens en bonne santé mangent du chocolat?

Pour certains d’entre nous, il est difficile de s’arrêter à 50 grammes une fois par semaine. Mais est il plus facile de se passer de nourriture si on a connu la famine? C’est ce qu’a testé Rossela Ventura et son équipe, et publié dans le journal en ligne BMC Neuroscience.

L’étude consiste à entraîner des souris « contrôle », bien nourries, et des souris ayant connu une période de privation de nourriture avant de retrouver leur poids normal, à aller chercher du chocolat dans un réservoir. Puis, une condition supplémentaire est ajoutée: le réservoir à chocolat est électrifié, de sorte que les souris qui s’en approchent reçoivent un fort choc électrique.

Et si, comme on peut s’y attendre, les souris contrôle se passent volontiers de leur petite douceur,  les souris ayant connu la privation ne peuvent pas y résister, même si elles doivent endurer de la douleur. Ce genre d’expérience peut permettre de mieux comprendre les comportements compulsifs liés à la nourriture. Surtout que les chercheurs ont réussi à prévenir ce comportement en inhibant de façon sélective la norépinéphrine, montrant que la norépinéphrine du cortex pré-frontal jouait un rôle important dans les troubles du comportement alimentaire.

En résumé, aucune raison de vous passer de chocolat pour ce week-end d’amour et de guimauve.