Connais toi toi-même

Récemment, l’écoute d’une interview du Dr Carol Tavris pour l’excellent podcast de la James Randi Educational Foundation (le lien est dans la blogroll) For Good Reason m’apprenait que nous supportions d’autant moins bien la contradiction que nous pensons être experts dans un domaine. Tout cela est très bien expliqué dans son livre Mistakes were made (but not by me). Et si il y a un domaine où nous pensons être experts, c’est bien nous même, nos forces, nos faiblesses.

Miroir, mon beau miroir, on est dans un dessin animé, pas un film d'horreur.

Enfin, ça paraît évident, au premier regard: nous nous supportons à longueur de journée. Mais est-ce si vrai que cela? C’est ce qu’a étudié le Dr Vazire, de l’Université de Washington à St-Louis. Ses résultats sont publiés dans le Journal of Personality and Social Psychology.

Dans son étude, il a étudié le comportement de 165 sujets, soumis à différentes tâches: test de Q.I., discussion de groupe (pour voir qui prendrait le leadrship, par exemple), ou un test de Trier basé sur le stress social (ici, parler en public). A la fin de ses différents tests, chacun a pu noter ses camarades et lui-même sur 40 traits de personnalité.

Et il semblerait que nous soyons bien notre meilleur juge. En tout cas, sur certains aspects de notre personnalité, ceux les plus profondément ancrés. Par exemple, nous sommes bien meilleurs pour évaluer nos peurs que nos pairs. Surement parce qu’il s’agit de sentiments profonds, que l’on s’efforce de cacher en société.

En revanche, pour ce qui concerne ce qui est accessible aux autres, via notre comportement, un œil extérieur s’avère être averti. Nous avons aussi beaucoup de mal à juger objectivement des caractéristiques qui peuvent être liées à des qualités ou des défauts: beauté, intelligence, créativité.

Nous en faisons d’ailleurs l’expérience tous les jours: combien de temps passez vous devant le miroir chaque jour? Êtes vous capables à la fin de ce temps d’avoir une certitude sur votre charme? Comparez maintenant au temps qu’il vous faut pour juger de la beauté de quelqu’un sur une photo, ou lorsque vous le/la rencontrez: la différence est généralement assez saisissante.

De plus, il est très compliqué pour nous de faire la distinction entre les pensées qui sous-tendent nos actions, et notre comportement en lui-même, quand les autres gens ne perçoivent que ce dernier. Peu importe si vous êtes arrogant parce qu’au fond de vous, vous vous sentez mal dans votre peau et avez besoin de vous rassurer, les gens ne verront que l’arrogance. Et au final, il n’y a peut être, pour la société, que ce comportement extérieur qui compte.

La conclusion, c’est que les gens qui vous connaissent le mieux vous connaissent aussi bien que vous-même. Vous savez des choses qu’ils ignorent, mais la réciproque est vraie. Peut être que le dialogue avec des proches peut justement permettre de rapprocher le comportement extérieur de ce que nous pensons être, en corrigeant ce que nous ne pouvons percevoir.

Bourré de testostérone.

La testostérone est une hormone souvent associée à la masculinité, ce qui est loin d’être une idée reçue, puisqu’elle contribue, entre autre, au développement des organes sexuels des dits hommes. Et généralement, quand on parle d’un individu bourré de testostérone, on pense à la pilosité et à la subtilité comportementale de notre joyeux cousin le bonobo. Avec le côté brutal en plus. Bref, quand on me dit testostérone, j’ai tendance personnellement à voir cet homme que nous avons tous croisé dans un bar en fin de soirée, l’œil suintant, attiré par le moindre décolleté, et prêt à se battre pour un rien.

Et je crois bien m’être fourvoyé: ne s’arrêtant pas au idées reçues, le Pr. Ernst Fehr de Zurich, avec des collaborateurs bein entendu, s’est penché sur le rôle que pouvait avoir la testostérone sur le comportement social de certains individus, et vient de publier les résultats.

L’expérience est assez simple: chaque cobaye du test participe au jeu de l’ultimatum, en tant que donneur ou receveur. Les règles du jeu sont simples: on distribue au donneur 10 billets (ici d’un franc suisse, probablement issu du compte numéroté d’un ancien dictateur africain) , et on demande à celui de donner à sa guise 5, 3, 2 ou 0 billets au receveur, qu’il ne voit pas et avec qui il n’aura aucun contact.Celui-ci peut alors accepter l’offre, auquel cas le partage est effectué, ou la refuser, et dans ce cas personne ne gagne rien. On peut donc voir ceux qui partagent leur gain de façon équitable (en donnant 5 billets) des autres. Des études précédentes ont montré que dans ce jeu, certains proposent un partage équitable dans un souci de partage, alors que d’autres le font avec une visée stratégique, sachant qu’ils ont toutes les chances de s’assurer un gain.

On administre ensuite aux donneurs une dose de testostérone, ou un placebo, et l’on compare les résultats. On constate alors que les donneurs qui ont reçu l’hormone ont plus tendance à formuler  des offres justes. Et cela va dans le sens de la théorie des chercheurs: la testostérone augmente l’importance que l’on donne au statut social. Ayant plus conscience de leur statut, les donneurs veulent éviter au maximum l’affront social que constitue le rejet.La testostérone pousserait donc à ête plus sociable, plus intégré, pour ne pas être rejeté du groupe.

Un autre aspect intéressant  de cette étude est l’illustration qu’elle fait du pouvoir de persuasion que peuvent avoir les clichés ancrés dans nos esprits. En effet, dans l’esprit général (et dans le mien, avouons le, avant d’avoir lu cet article), la testostérone est associée à un comportement agressif, violent, bref, antisocial. L’éthique médicale impliquant de prévenir les sujets qu’ils vont recevoir de la testostérone ou un placebo, ils se sont rendus compte que ceux qui pensaient avoir reçu de la testostérone faisaient en général plus d’offres injustes, au contraire de ceux persuadés d’avoir reçu un placebo. Bref, inconsciemment ou non, ils étaient influencés par l’idée qu’il se faisaient de l’action de la testostérone.

Finalement, je crois bien que la prochaine fois, dans un bar en fin de soirée, le mec bourré de testostérone, ce sera celui qui me paiera une bière.