Des vieux bourrés d’hormones?

Ne pas vieillir, garder la fougue et la beauté de la jeunesse, voilà une préoccupation importante de nos jours (ce qui n’a pas toujours forcément été le cas, lorsque l’expérience était considérée comme le plus important). Certains, comme James Dean ou Marilyn Monroe, y ont remédié à leur manière, quand d’autres avaient (parfois selon la légende) des remèdes bien à eux: lait d’ânesse pour Cléopâtre, sang de vierge pour la Comtesse Bathory. Et comme les vierges sont de plus en plus difficiles à trouver, et que leur sang pourrait être utile à autre chose, les chercheurs et les industries cosmétiques se sont tournés vers d’autres produits, avec en tête, de nos jours, les hormones (un exemple ici).

Devant ce succès grandissant, l’American Medical Association’s (AMA) Council on Science and Public Health vient de publier un rapport sur les risques et les bénéfices des hormones pour retarder le vieillissement. Ce rapport se penche sur le cas de différentes hormones: l’hormone de croissance, la testostérone (dont on a déjà parlé à plusieurs reprises), les œstrogènes et la désormais célèbre DHEA (qui n’est pas en vente libre en France, mais disponible sur internet).

Et certaines conclusions sont lapidaires: DHEA et hormone de croissance sont tout simplement à proscrire dans une optique anti-âge. Le cas des œstrogènes est un peu moins clair, tant on peut les utiliser pour traiter des problèmes spécifiques au cours de la ménopause. Toutefois, leur usage à long terme n’est pas recommandé. Il en va de même pour la testostérone, qui peut être indiquée en cas de carence chez les hommes âgés, par exemple.

Le rapport de l’AMA met surtout en garde contre les affirmations issues du marketing: certains sites, comme celui-ci mettent en avant des hormones « naturelles » ou encore « bio-identiques ». Il s’agit généralement d’hormones issues de végétaux, mais rien n’indique une différence entre ces hormones et les hormones de synthèse. On ne rappelle jamais assez que prendre ce genre de produits n’est pas un acte bénin, et doit être mûrement réfléchi après consultation d’un médecin.

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Bourré de testostérone.

La testostérone est une hormone souvent associée à la masculinité, ce qui est loin d’être une idée reçue, puisqu’elle contribue, entre autre, au développement des organes sexuels des dits hommes. Et généralement, quand on parle d’un individu bourré de testostérone, on pense à la pilosité et à la subtilité comportementale de notre joyeux cousin le bonobo. Avec le côté brutal en plus. Bref, quand on me dit testostérone, j’ai tendance personnellement à voir cet homme que nous avons tous croisé dans un bar en fin de soirée, l’œil suintant, attiré par le moindre décolleté, et prêt à se battre pour un rien.

Et je crois bien m’être fourvoyé: ne s’arrêtant pas au idées reçues, le Pr. Ernst Fehr de Zurich, avec des collaborateurs bein entendu, s’est penché sur le rôle que pouvait avoir la testostérone sur le comportement social de certains individus, et vient de publier les résultats.

L’expérience est assez simple: chaque cobaye du test participe au jeu de l’ultimatum, en tant que donneur ou receveur. Les règles du jeu sont simples: on distribue au donneur 10 billets (ici d’un franc suisse, probablement issu du compte numéroté d’un ancien dictateur africain) , et on demande à celui de donner à sa guise 5, 3, 2 ou 0 billets au receveur, qu’il ne voit pas et avec qui il n’aura aucun contact.Celui-ci peut alors accepter l’offre, auquel cas le partage est effectué, ou la refuser, et dans ce cas personne ne gagne rien. On peut donc voir ceux qui partagent leur gain de façon équitable (en donnant 5 billets) des autres. Des études précédentes ont montré que dans ce jeu, certains proposent un partage équitable dans un souci de partage, alors que d’autres le font avec une visée stratégique, sachant qu’ils ont toutes les chances de s’assurer un gain.

On administre ensuite aux donneurs une dose de testostérone, ou un placebo, et l’on compare les résultats. On constate alors que les donneurs qui ont reçu l’hormone ont plus tendance à formuler  des offres justes. Et cela va dans le sens de la théorie des chercheurs: la testostérone augmente l’importance que l’on donne au statut social. Ayant plus conscience de leur statut, les donneurs veulent éviter au maximum l’affront social que constitue le rejet.La testostérone pousserait donc à ête plus sociable, plus intégré, pour ne pas être rejeté du groupe.

Un autre aspect intéressant  de cette étude est l’illustration qu’elle fait du pouvoir de persuasion que peuvent avoir les clichés ancrés dans nos esprits. En effet, dans l’esprit général (et dans le mien, avouons le, avant d’avoir lu cet article), la testostérone est associée à un comportement agressif, violent, bref, antisocial. L’éthique médicale impliquant de prévenir les sujets qu’ils vont recevoir de la testostérone ou un placebo, ils se sont rendus compte que ceux qui pensaient avoir reçu de la testostérone faisaient en général plus d’offres injustes, au contraire de ceux persuadés d’avoir reçu un placebo. Bref, inconsciemment ou non, ils étaient influencés par l’idée qu’il se faisaient de l’action de la testostérone.

Finalement, je crois bien que la prochaine fois, dans un bar en fin de soirée, le mec bourré de testostérone, ce sera celui qui me paiera une bière.