Heureux comme Dieu en France.

Appartenir à une religion rend heureux. Au delà du cliché du croyant béat, cette affirmation a été explorée par plusieurs études (ici ou) qui ont trouvé un fond de vérité au lien entre croyance religieuse et autosatisfaction. La question en suspens, c’est l' »ingrédient secret », la facette (ou les facettes) de la pratique religieuse qui augmente la sensation de satisfaction. On pourrait penser par exemple que la spiritualité joue un grand rôle, dans un sentiment d’harmonie avec soi-même et avec le monde réconfortant. Ou encore imaginer que la présence d’un Dieu protecteur est rassurante. Ou que le bon goût de l’hostie illumine la fin de semaine.

Pour dénicher l’élément en question, on peut se pencher sur les données d’une grande étude nommée Faith Matters, et qui détaille le comportement de 5879 personnes principalement issues des trois grandes branches chrétiennes. C’est ce qu’on fait deux chercheurs de l’université d’Harvard, qui livrent leur pensée sur les liens entre religion et satisfaction dans la revue American Sociological Review. Leur approche consiste à appréhender la pratique religieuse comme la source d’un réseau social, duquel va découler un certain réconfort.

Ainsi, on se rend compte que si 33% des gens qui vont à l’église toutes les semaines et qui ont entre trois et cinq amis proches qui partagent la même foi se disent extrêmement satisfaits de leur vie, ce pourcentage chute à 19% quand les dévots n’ont de lien avec aucun autre adepte de leur culte (ce qui les met au même niveau que ceux qui ne vont jamais à l’église). En revanche, ceux qui ont des amis dans la même communauté religieuse mais ne se rendent au culte que quelque fois par an sont 23% à afficher ce niveau de satisfaction.

Le point déterminant semble donc être le lien qui rattache les membres de la congrégation : les chercheurs expliquent en effet que c’est par ce biais que la religion peut accomplir un de ces buts, c’est à dire bâtir une communauté sur un socle moral commun (ce que les chrétiens nomment Église, les musulmans Oumma). La réalité de cette communauté n’est tangible pour un croyant que s’il noue des liens avec d’autres croyants, ce qui le conforte alors dans un sentiment d’appartenance. C’est ce sentiment d’appartenance qui donnerait satisfaction, et que l’on pourrait rapprocher d’autres communautés, par exemple sportives : à partir d’un moment, le sport ne devient plus qu’une excuse pour voir des amis.

Jefferson, pas assez bon pour le Texas.

Tout le monde a entendu parler des controverses américaines à propos de l’éducation, notamment du combat entre créationnistes et scientifiques. Pour rappeler les faits, de nombreux groupes conservateurs ont tenté de nombreuses approches pour que le créationnisme, ou son alter-ego pseudo-scientifique le dessein intelligent, soit enseigné dans les cours de science, comme une hypothèse alternative crédible à celle de l’évolution. Cette poussée a pris de nombreuse formes, depuis la demande (parfois couronnée de succès) de passer autant de temps sur les deux hypothèses, jusqu’au plus subtil « teach the controversy » (« enseignez la controverse »), injonction faite aux professeurs de science afin qu’ils abordent les défauts de la théorie de l’évolution, réels ou supposés. Un tournant décisif dans cette affaire surviendra, le « procès de Dover« , PA, aboutissant à l’interdiction de l’enseignement du dessein intelligent en cours de science, l’assimilant au religieux. On notera sur un ton plus léger que ces débats ont engendré l’émergence d’une nouvelle « religion », le pastafarisme, dont le leader demande à voir sa doctrine (le monde a été créé par un monstre volant de spaghetti) reconnue au même titre que le dessein intelligent.

Dans cette lutte, un état clé pour les plus obscurantistes est le Texas, pour deux raisons. Tout d’abord, l’état est très conservateur, et la droite religieuse y est fortement représentée, ce qui leur donne accès à de nombreux postes de décisions, et un poids important dans la Texas Education Agency. Cela a donné des membres aussi éminent que Don McLeroy, ancien président, qui déclarait au sujet des l’évolution « quelqu’un doit s’élever contre les experts ». Deuxièmement, parce qu’il s’agit du second client de manuels scolaires aux USA: les éditeurs ont alors naturellement intérêt à s’adapter aux standards de cet état pour leur production nationale, ce qui fait que les décisions prises au Texas déborderont dans les classes d’autres états.

Délaissant cette fois-ci le terrain scientifique, les conservateurs ont semble-t-il gagné une nouvelle bataille, cette fois sur dans le domaine historique. Certes, pour eux, il ne s’agit que de « rééquilibrer les choses », en raison d’un programme qu’ils trouvent trop « libéral » (au sens américain du terme). C’est ainsi que toutes les références aux Lumières (mouvement international, ne l’oublions pas, et non strictement français), et pire à Thomas Jefferson sont retirées. Les conservateurs ont donc évincé l’un des principaux pères fondateurs afin d’occulter ses idées, libertaires et proches de l’athéisme, sans oublier le fait qu’on lui doit en très grande partie la séparation de l’Eglise et de l’état en Amérique. La mention de la liberté de religion, de toutes les religions, a quant à elle été refusée.

On pourra noter également l’apparition au programme de Calvin, et surtout une étrange vision du Maccarthisme, présentant la chasse aux sorcières contre les communistes comme justifiée et injustement décriée. La révision a aussi entraîné l’ire d’une membre de la commission d’origine hispanique, Mary Hellen Berlanga, aucune personnalité hispanique n’étant mentionnée. Les Black Panthers font leur apparition, pour montrer que le mouvement des droits civiques ne doit pas être envisagé que sous l’aspect non-violent prôné par Martin Luther King Jr. Enfin, les programmes d’économie sont aussi touchés, afin de revaloriser la vision du capitalisme, trop négative d’après les conservateurs.

On peut voir la un bel exemple de gens qui se servent de leur pouvoir pour promouvoir une idéologie, sans aucune considération pour le bien commun. Certes, il s’agit des USA, mais la chose est possible en France si nous ne sommes pas vigilants: on se souvient de nombreuses tentatives de récupération politique des programmes scolaires, de la lettre de Guy Môquet à la polémique sur les bienfaits de la colonisation (pour ne pas remonter aux livres scolaires d’Alsace-Lorraine envahie). La vigilance reste de mise.

Sur la piste des neurones de Dieu.

Sans rentrer ici dans les nombreuses guerres des siècles derniers, et de ceux à venir (les derniers relents de créationnisme, l’étude des cellules-souches…), dire que science et religion ont connu des frictions est une banalité. Mais chacun reste pour son alter ego une source de questions, et l’on ne brule plus les scientifiques comme une bonne vieille croix en Alabama. Les scientifiques, eux s’intéressent au sentiment religieux, par leur expérience personnelle ou d’un point de vue plus scientifique.

On peut se demander pourquoi toutes les civilisations vénèrent ou ont vénéré un dieu, ou plusieurs, alors que l’on pourrait s’en passer (il n’y a pas de jugement moral là dedans, mais une civilisation morale sans base religieuse est théoriquement possible). Darwin, dont le jour commémoratif est passé un peu inaperçu en France, voyait dans « la filiation de l’homme et la sélection liée au sexe » la religion comme une conséquence de l’imagination. Les archéologues semblent penser que la naissance du sentiment religieux semble contemporain de l’apparition de la capacité au symbolisme.

Les spécialistes du cerveau se sont également penchés sur la question. De nombreuses études, comme celle-ci, ont montré que, quelque soit la religion concernée, le sentiment religieux impliquait de nombreuses régions du cerveau. A l’Université d’Udine, le Pr. Urgesi et son équipe se sont intéressés au sentiment de transcendance, c’est à dire au fait de se considérer comme plus qu’un individu mais partie d’une création, de la nature…Les résultats publiés dans la revue Neuron pourraient donner une première piste sur le sentiment religieux.

88 patients atteints d’une tumeur au cerveau se sont donc vus remettre un questionnaire visant à quantifier leur transcendance, avec des questions sur l’éventualité d’être si concentré sur quelque chose qu’ils perdaient conscience du temps qui passe, ou sur leurs liens avec les autres et la nature.

Parmi ces patients, ceux qui ont obtenu le plus haut score sont ceux dont la partie postérieure du cerveau, et notamment les cortex temporal et pariétal, sont endommagés par la tumeur. Plus surprenant encore, le score grimpe encore lorsque ces patients ont subi une opération sur ces régions, alors que l’opération ne semble pas avoir d’effet notoire sur les patients atteints dans d’autres régions, comme le cortex préfrontal.

Une tentative d’explication: ces régions jouent un rôle dans la localisation dans l’espace et dans le positionnement de notre corps. Leur absence peut donc permettre une abstraction plus facile, et un certain flou dans la localisation du corps qui faciliterait le sentiment d’être plus qu’un individu aux frontières bien précises.  On savait par ailleurs déjà que ces zones du cerveau étaient actives pendant la prière.

Si cette étude montre quelques limites (notamment, justement, sur les habitudes religieuses des sujets), elle permet d’affiner notre compréhension du phénomène religieux. Notre cerveau s’est ainsi peut être adapté à sa propre faculté d’imagination, assignant des régions entières pour nous garder les pieds sur terre.

Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

Une fois n’est pas coutume, nous allons parler prière. Et pas que en mal, comme il conviendrait à d’immondes athées voués aux tourments éternels.

Nathaniel Lambert vient de publier dans le journal Psychological Science une étude sur l‘impact de la prière sur les relations humaines. Dans un pays comme les Etats-Unis, où 90% de la population déclare prier régulièrement, la chose peut avoir son importance.

La première des expériences a consisté à faire prier un groupe de patients pour leur conjoint, tandis qu’un autre décrivait son conjoint à un parent imaginaire. Après leur avoir fait remplir un questionnaire sur leur motivations, il se sont rendus compte que la prière avait un effet positif: les sujets étaient plus enclins à pardonner leur conjoint (ou, du moins, beaucoup moins prompts à la vengeance, d’après les questionnaires).

Leur seconde étude porte non plus sur les relations amoureuses mais amicales, et enjoint les sujets « non-priants » à avoir des pensées positives à propos d’un ami, tandis que le reste priait pour cet ami, ou sans but particulier, sur une durée de 4 semaines. Si les pensées positives et la prière générale ont à peu près le même effet, une plus grande tendance au pardon a été observée dans le cas d’une prière plus spécifique.

Pour les auteurs, la prière a pour effet de provoquer chez les sujets un plus grand sentiment de désintéressement. Moins touché par les préoccupations personnelles, le sujet est alors plus prompt à pardonner. L’altruisme et le pardon restent le bon côté de la religion.