Pour les fêtes.

Voici venu le temps… laissons le gloubi-boulga pour un menu au moins aussi calorique, et au moins aussi digeste, celui des fêtes. Foie gras, dinde, et bûche au Speculoos : il est dur d’imaginer à quel point la France manque à cette période de l’année. Surtout si on y ajoute du vin (blanc ou rouge), du champagne et un digestif. Boire de l’alcool, est-ce bien conseillé en accompagnement d’un tel banquet?

Dans le British Medical Journal, on peut lire un article assez instructif à ce sujet. Des chercheurs anglais ont en effet cherché à tester l’effet de l’alcool sur la digestion d’un repas riche. Pour cela, ils ont pris 20 cobayes, et leur ont proposé de manger deux fois de la fondue. Soit en buvant de l’eau, soit avec du vin, et un peu de schnapps.

Les résultats montrent que si l’alcool ralentit bien la digestion (on se couche du coup plus barbouillé), le risque d’indigestion n’augmente pas avec la consommation de spiritueux. On peut donc boire (avec modération si on prend la route ou si le dîner de famille s’oriente vers une discussion politique) pour accompagner le repas, ce qui le rend plus animé, ou moins ennuyeux, sans conséquence gastrique. La gueule de bois, en revanche (n’hésitez pas à partager vos recettes)…

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Qui peut échapper à la Coupe du Monde?

Avec le déferlement médiatique qui entoure la compétition, difficile de passer à coté de la coupe du monde de football. Bien entendu, le monde de la sciencel s’y est mis lui aussi, réexpliquant par exemple comme tous les quatre ans l’effet Magnus, et ses applications. Au passage, il semblerait bien que le ballon de cette année, particulièrement rugueux, soit assez incontrolable. En tous les cas, une bien grande fête en perspective, unissant les peuples du monde entier (souvenons nous du match USA-Iran de l’édition précédente). Seuls ceux qui n’apprécient pas le football semblent être laissés pour compte.

A bien y regarder, il existe d’autres personnes pour qui la Coupe du Monde risque de ne pas être une sinécure. En effet, le professeur Paula Nicolson, de l’université de Royal Holloway a Londres, met en garde les femmes victimes de violences conjugales. En effet, d’après elle et surtout d’après les chiffres du Home Office britannique, lors de la précédente coupe du monde en Allemagne, les violences conjugales enregistrées ont subi une augmentation de 25% les cinq jours où l’équipe d’Angleterre a joué.

Incriminée, bien sur, la consommation excessive souvent associe avec les rendez-vous sportifs majeurs, qui contrairement à la musique ne fait rien pour adoucir les mœurs. L’alcool n’est pas que le fait de maris violents, d’ailleurs : de nombreuses femmes battues trouvent dans la boisson un moyen d’engourdir les blessures physiques et émotionnelles lorsqu’elles subissent la violence au quotidien, selon le Professeur spécialisée dans les violences domestiques. Cette dernière conseille donc aux femmes qui connaissent la tendance violente de leur compagnon, mais ne se décident pas à le quitter, d’au moins préparer un plan de secours pour les soirs de match, histoire de parer au plus pressé.

Quand on connait les excès de violence, voire de prostitution (même si dans le cas de la coupe du monde, il semblerait que l’on exagère toujours un peu), on ne peut que déplorer que le spectacle fasse parfois ressortir nos instincts les plus détestables. En attendant de connaitre le nombre d’enfants conçus les soirs de victoire…

Les sportifs, ces modèles pour la jeunesse.

Le sujet est d’actualité, tant les apôtres de la grande religion du ballon rond semblent se démener pour remplacer le clergé plus traditionnel dans la culotte de nos enfants: mais quel exemple pour la jeunesse? Certes, que  l’influence de la soutane sur la morale publique décline n’est pas forcément une mauvaise chose, encore faut il que les nouveaux hérauts soient irréprochables. On peut aussi douter que des gens sélectionnés pour leur coordination motrice soient également les plus qualifiés dans d’autres modèles ( qui se souvient de Pierre Desproges demandant déjà « vous avez déjà entendu penser un footballeur »?).

La bonne nouvelle, c’est que le sportifs ne semblent pas être si appréciés que ça en tant que modèle, comportemental du moins. Une équipe de l’université de Manchester, ville célèbre pour abriter les diables rouges (pour rester dans le champ lexical de la religion), vient en effet de rendre compte de ses recherches sur l’influence que pouvaient avoir les sportifs célèbres sur la consommation d’alcool des jeunes, dans la publication Drug and Alcohol Review.

Pour quantifier cette influence, les chercheurs ont demandé à environ 1000 personnes de quantifier la consommation d’alcool des plusieurs stars du sport, ainsi que leur consommation et celle de leurs amis, en distinguant les gens intéressés par le sport et les autres. le premier résultat est que tous les participants pensent que les sportifs de haut niveau boivent moins qu’eux-mêmes, et beaucoup moins que leurs amis. De plus, comme montré par de nombreuses études (dont une évoquée précédemment), un lien fort existe entre la consommation de l’entourage et la consommation personnelle.

En revanche, la consommation perçue des stars du sport n’a pas de valeur prédictive: la perception de la quantité d’alcool qu’ingurgitent les dieux du stade n’a pas de conséquence sur la consommation de l’individu. Chez les non-afficionados, la tendance est même inversée: plus ils pensent que les stars boivent, moins ils boivent eux-même. On retrouve en revanche, chez les sportifs, l’influence de cultures spécifiques à certains sports, comme la pratique de la troisième mi-temps.

En ce qui concerne l’alcool tout au moins, l’influence des grands noms du sport semble donc très limitée, ce qui montre une certaine incohérence: les médias sont moins tolérants pour ces sportifs que pour un individu lambda, mettant justement en avant le rôle d’exemple à donner. De même, certaines instances comme la ligue de football anglaise punissent ces frasques par des amendes conséquentes. Il ne s’agit pas de dédouaner les sportifs de haut niveau, mais également de pointer du doigt une certaine hypocrisie: l’influence du marketing des vendeurs d’alcool en tous genres centré autour du sport (de la publicité-à l’étranger-, à la diffusion d’évènements sportifs dans les bars) devrait être bien plus pointée du doigt.

Et si on en discutait autour d’un verre?

Il suffit de sortir dans Paris un vendredi ou un samedi soir pour se rendre compte que consommer de l’alcool, c’est aussi et surtout une activité sociale. L’alcool est censé permettre, outre les nouvelles rencontres facilitées par le manque d’inhibitions et comme vu dans le post récédent les relations d’un soir, de passer de bonnes soirées entre amis, au point qu’il devienne parfois un élément incontournable.

Une équipe américaine a donc cherché à savoir si le comportement de nos amis ( ou, dans leur jargon, des membres de notre réseau social, ce qui doit permettre d’y ajouter les followers de twitter, et friends de Facebook ou les fuckbuddies de Youporn) influait sur notre consommation d’alcool, au même titre, par exemple, que des prédispositions génétiques ou que l’histoire familiale. Pour cela, ils ont utilisé des données recueillies sur 12067 personnes, entre 1971 et 2003.

Sans grand étonnement, l’étude prouve que les relations sociales ont un impact non négligeable sur nos habitudes en terme de consommation d’alcool (même si, comme le rappellent les auteurs, il faut garder en mémoire que la consommation était rapportée par les sujets, et non pas mesurée de façon clinique). Ainsi, si une personne très proche de vous est un grand buveur, votre chance de consommer massivement de l’alcool augmente de 50%,  et de 36% si il s’agit d’un ami d’ami. Etrangement, le type de relation semble avoir son importance:

Une amie aura donc plus de chance de vous entraîner dans l’alcool qu’un ami, et la femme semble avoir une plus grande influence sur son mari que l’inverse.

Les effets de l’alcool étant mal connus à long terme, lorsqu’il s’agit d’une consommation modérée (certains parlent d’effets négatifs, d’autres lui prêtent des vertus protectrices), il n’est pas question, bien sur, de diaboliser tel ou tel comportement. Il serait aussi instructif de savoir dans quel sens se fait le lien: il est en effet possible que certaines relations se construisent autour de la boisson (connaissances rencontrées dans des bars, par exemple). En tous les cas, personne n’a jamais demandé à ce que l’amitié soit à consommer avec modération.

Manger liquide, un bon régime?

Bien entendu, on ne préviendra jamais assez des méfaits de l’alcool, notamment de l’alcool au volant. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut à tout prix diaboliser la boisson et parler des avantages qu’il peut y avoir à boire avec modération. C’est ce que je vais faire aujourd’hui, en abordant une récente découverte.

L’alcool est souvent associé à la prise de poids, l’expression anglaise « beer belly » lui rendant un vibrant hommage. Toutefois, il semblerait que les choses ne soient pas aussi simples que ça. En effet, une étude d’une équipe de Boston vient de faire le lien entre consommation d’alcool et gain de poids, et a trouvé un résultat quelque peu inattendu.

L’étude a porté sur 19220 femmes âgées de  39 à 89 ans, dans le cadre d’une étude appelée « Women’s Health Study ». Les femmes sélectionnées ont en commun d’être en bonne santé, d’avoir un I.M.C. normal (entre 18 et 25), et ont donné leur poids pendant treize ans. Les changements de l’I.M.C. sont visibles ici:

Evolution de l'I.M.C. au cours du temps, en fonction de la consommation d'alcool. Les résultats sont stratifiés par âge au début de l'étude (moins de 50 ans en A, entre 50 et 59 ans en B, plus de 60 ans en C), et ajustés pour prendre en compte différents facteurs comme l'alimentation, l'âge, le poids initial...

Il y a donc un effet d’amaigrissement chez les femmes qui boivent raisonnablement, et cela se traduit par une autre caractéristique, la plus faible probabilité de devenir obèse (I.M.C. supérieur à 25).

Pour autant, il ne s’agit pas de prendre l’alcool pour un remède miracle contre la prise de poids, au vu des conséquences, notamment psychologiques et sociales. La dépression ou l’héroïne font elle aussi perdre du poids, rappelons-le. En revanche, une consommation modérée ne semble pas si déraisonnable, au moins du point de vue diététique.

L’alcool adoucit-il les moeurs?

Ma maigre expérience des nombreux lieux de débauche éthyliques de la ville des lumières et d’ailleurs me laisse penser que, si l’alcool peut avoir un rôle sociabilisant, favorisant les conversations entre inconnus même sans forcément élever le niveau de celles-ci, un peu trop d’alcool peut aussi avoir l’effet inverse, et envenimer certaines petites frictions. Les sorties de bar sont connues pour être le théâtre d’accrochages et autre concours de « qui a la plus grosse réserve de testostérone » (c’est une expression imagée, nous avons vu que la testostérone n’était pas toujours si maléfique).

Au cours de la dernière conférence de l’American Association for the Advancement of Science, plusieurs exposés étaient rassemblés autour du thème de la violence (dont un exposé sur la relation entre l’emploi du temps des adolescents et leurs chances de se faire tirer dessus qui avait l’air très intéressant, si quelqu’un a des informations là dessus). L’un d’entre parlait notamment des liens entre distribution d’alcool et agressions.

C'est devant les supérettes américaines qu'on trouve ce genre d'individus peu recommandables.

Les auteurs de l’exposé ont regardé quelle était l’influence de la présence de débits de boissons (qui aux USA se trouvent sous deux formes, les restaurants et bars, où l’on boit sur le lieu de vente, et les liquor stores, où l’on emporte l’alcool pour le consommer ailleurs) sur la criminalité locale, à partir de l’exemple de la ville de Cincinnati.

Et si tous les débits d’alcool semblent participer à augmenter la violence dans ses environs, les bars et restaurants sont moins problématiques: statistiquement, ajouter un restaurant par mile carré (oui, bon, un jour ils découvriront les bienfaits du système métrique) ajoute 1.15 agression « simple » (par opposition à aggravée), un bar 1.35. En revanche, l’ajout d’un liquor store entrainera 2.6 agressions supplémentaires, et 0.6 aggravées.

Si ces magasins peuvent être la source de plus de problèmes, c’est qu’ils sont généralement un endroit où se retrouvent les personnes qui désirent boire sans se trouver dans bar, qui boivent donc dans un environnement avec des codes moins stricts (pas de personnel de sécurité aux environs, de nécessité de ne pas se faire expulser).

Et si cette étude revêt une quelconque importance, c’est que la violence urbaine a plusieurs origines, mais que peu son contrôlables: difficile d’agirde façon efficace et rapide sur la pauvreté, l’oisiveté forcée, l’hétérogénéité ethnique plus ou moins prononcée ou le sentiment d’anonymat. En revanche, le nombre de points de vente d’alcool peut lui être régulé assez facilement. Jusqu’à obliger à prendre sa voiture pour s’y rendre?